Les antihéros masqués de DC – Watchmen (1986-1987)

Le roman graphique Watchmen, publiés par DC Comics en 12 numéros entre 1986 et 1987, scénarisé par Alan Moore et dessiné par Dave Gibbons, a été récompensé pour son originalité, son écriture et son style, en mêlant menace d’apocalypse nucléaire, bassesse humaine, et antihéros masqués et faillibles.

 

I. Quis custodiet ipsos custodes ?

 

L’entièreté du récit tourne autour de la Guerre Froide et des menaces d’apocalypse nucléaire qui ont rythmé la vie politique internationale après 1950. Néanmoins, le monde proposé dans Watchmen est un monde alternatif, où Nixon est encore président en 1985, où la guerre du Vietnam a été gagnée par les Etats-Unis, et où les Russes n’ont pas encore posé le pied en Afghanistan. La carte maitresse des États-Unis est le Docteur Manhattan, capable de décomposer la matière elle-même. On apprend très vite que dans cet univers, les héros masqués ont eu une place : d’abord autour des Minutmen dans les années 40, puis des Watchmen, avant que le port du masque ne soit déclaré illégal. Plus que des pouvoirs latents, ces héros ont une volonté, des compétences physiques, intellectuelles et scientifiques indéniables, mais aussi des failles et des zones d’ombre qui les ont poussé dans leurs retranchements.

 


Portrait de famille des Watchmen de gauche à droite et de haut en bas : Dr Manhattan, le Comédien, Silk Specter II (Spectre Soyeux), Ozymandias, Captain Metropolis, Nite Owl II (le Hibou) et Rorschach.

 

En 1985, excepté le Dr Manhattan encore utilisé par le gouvernement, ils ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Le meurtre de l’un d’entre eux précipite la suite de l’histoire, qui alterne entre flash-backs des différents Watchmen pour en apprendre plus sur leur passé et leurs relations, l’évolution de l’enquête ou de la politique internationale, une bande-dessinée mystérieuse sur un naufragé et des extraits de romans ou de journaux tirés de l’univers, apportant plus de profondeur au monde décrit. Le ton sérieux et ces changements constants de points de vue et de temporalité participent à la bonne tenue du récit du début à la fin. Lorsqu’action il y a, elle reste violente et brève, loin des comics de super-héros traditionnels.

 

II. Never compromise

 

Le récit, le dessin et la couleur s’entremêlent pour proposer une expérience esthétique très particulière, sans concession pour la violence, sans compter et parler de la profondeur des personnages. Le roman graphique alterne entre leurs différents points de vue pour les présenter comme ils sont réellement : des antihéros masqués ayant rencontré la bassesse de la société humaine :

  • le Comédien, une brute sans cœur qui a choisi d’en rire ;
  • Nite Owl, un scientifique dépassé et légèrement dépressif ;
  • Ozymandias, l’intellectuel qui s’est recyclé dans le monde des entreprises ;
  • Silk Specter, une jeune femme physique travaillant pour le gouvernement ;
  • Dr Manhattan, un être bleu semblant invincible et doté de pouvoirs exceptionnels ;
  • Rorschach, un des seuls dont l’identité n’est pas connue au départ, et qui continue d’oeuvrer dans le mépris général à sa conception absolue de la justice, et qui porte un masque ressemblant au test d’évaluation psychologique du même nom. Il est peut-être le personnage le plus intéressant et apprécié de la série, apportant brutalité et vision psychorigide de la justice, matérialisée dans sa phrase fétiche : « never compromise, not even in the face of Armageddon ».

 


Tout l’ambiguïté de la justice absolue chez Rorschach, dont une des premières phrases d’apparition est tout de même « The streets are extended gutters and the gutters are full of blood (…) and all the whores and politicians will look up and shout ‘SAVE US!’… and I’ll look down and whisper ‘No’. » De quoi camper le personnage.

 

La chose qui peut surprendre aussi dans le récit est l’absence de véritables super-méchants, comme si on pouvait en faire l’économie dans une société malsaine et brutale. Les Watchmen apparaissent alors encore plus comme démodés par leurs costumes et leurs attitudes. L’enjeu du récit est de nous immerger dans ce monde au bord de l’explosion et de comprendre qu’est ce qui a poussé ces gens à revêtir un costume, qu’est-ce qui en a vraiment ressorti et ce qu’ils vont faire pour aller au bout de leurs idées, peu importe à quel point elles sont extrêmes.

 

Conclusion

 

Le ton grinçant et l’antihéroïsme des protagonistes en pleine menace d’apocalypse nucléaire rendent le récit profondément prenant, et la manière de mener l’histoire comme le dessin, en prenant des directions temporelles et spatiales sans cesse nouvelles, rendent grâce à ce comics déjà largement primé en son temps. Depuis, quelques préquels ou séquelles ont suivi sans l’aval d’Alan Moore, ainsi qu’un film correct en 2009, réalisé par Zach Snyder (Man of Steel (2013), Suicide Squad (2016)) et une toute nouvelle série HBO en cours de publication.  Who watches the watchmen ?

 

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Administrateur et rédacteur-en-chef omnipotent, j'écris sur l'actualité vidéoludique, l'actualité culturelle, la géopolitique et l'histoire militaire, parfois en partenariat avec Historia Games, Mundus Bellicus et la Gazette du Wargamer.

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