Une paix par référendum ? (Point Actu, 02/10/2016, Colombie)

A la suite de ma chronique géopolitique revenant sur la place des FARC en Colombie et les décennies de conflits qui ont ravagé le pays, de récents événements plongent une fois de plus la Colombie dans l’expectative : ce dimanche 2 octobre, le grand référendum promis par le président Juan Manuel Santos Calderón pour que le peuple acte la paix, signée par lui-même et le chef de la guérilla Timochenko fin septembre, est un échec patent. D’une part, le taux d’abstention est de 62.6%, d’autre part, on compte 50.2% de partisans du non parmi les votants.

 

Référendum et abstention

 

L’idée d’organiser un référendum pour acter une paix peut sembler pour le moins étrange, mais le président Santos avait été réélu pour un deuxième mandat en 2014 et agitait la paix avec les guérilleros comme un argument imparable, dans un pays où les morts et les disparus sont légion, entre répressions, engins explosifs et combats de 52 ans. Faire participer le peuple à un référendum consacrant la paix intérieur de l’état fait sens.

 

Le responsable ?

 

Pourtant, le taux d’abstention reste extrêmement important. Est-ce à dire que les Colombiens n’aspirent pas à la paix ? Le Monde pointe une mobilisation inefficiente de l’électorat par les élus locaux ou encore l’ouragan Matthew qui a paralysé les activités de vote sur la côte caribéenne. On peut aussi comprendre qu’un référendum portant sur une paix engageant la sécurité intérieure puisse faire peur.

 

Une poussée populiste ?

 

A moins qu’il ne s’agisse tout simplement de gens perdus et partagés par les débats politiques du pays : d’un côté, les partisans de la paix et du président Santos, appuyés par la communauté internationale ; de l’autre, les partisans de l’ancien président Álvaro Uribe Vélez (2002-2010) et qui rejettent un accord de paix leur semblant trop favorable aux guérilleros, là où Uribe réclame l’arrestation des chefs de la guérilla et une renégociation de la paix.

 

Fin juin, Uribe partisan d’une autre paix – RFI

 

Il faut donc désormais composer avec les partisans du non, ce qui s’annonce plus ou moins difficile au vu des relations tendues entre Uribe et les FARC depuis ses mandats présidentiels où la lutte s’était intensifiée, et sur les objectifs assez divergents des différents acteurs politiques. Le Monde conclut par la phrase de César Gaviria Trujillo (président de 1990 à 1994) : « Álvaro Uribe ne veut pas de cette paix parce que ce n’est pas lui qui l’a négociée ». Il y a peut-être de cela chez un homme qui a martelé de 2002 à 2010 sa volonté de restaurer l’ordre en Colombie…

 

Conclusion : pourquoi des référendums ?

 

Après le référendum du Brexit en juin sortant la Grande-Bretagne de l’Union Européenne contre l’avis du Prime Minister David Cameron et de la communauté internationale, le référendum en Colombie suit le même schéma en refusant cette offre de paix accepté par le gouvernement et la communauté internationale.

 

Les partisans du « leave » en février 2016

 

Le référendum serait-il le moyen pour le peuple de montrer qu’il existe, contre des démocraties pas assez représentatives ? S’il est impossible de répondre à cette question, on se rend bien compte que les campagnes populistes violentes et pleines de slogans provocateurs en période de référendums sont monnaie courante. A quand un référendum en France ?

 

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Rédacteur pour Mundus Bellicus et la Gazette du Wargamer, j'écris sur l'actualité, l'actualité culturelle, la géopolitique et l'histoire militaire.

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