Le triomphe de la logistique – The Settlers (1993) / The Settlers II (1996)

Après avoir vu l’origine des jeux de gestion et l’illustre SimCity (1989), place à une autre série qui a marqué d’une pierre d’achoppement l’histoire du city-builder, j’ai nommé The Settlers, ou Serf City comme il était originellement appelé. Nous parlerons dans cet article des deux premiers épisodes, parus respectivement en 1993 et en 1996. Pourquoi donc vous direz-vous ? D’abord parce que les systèmes de jeu sont à peu près similaires, et qu’ensuite le 1 a une interface pas ergonomique pour un sou, avec des mots de passe à sortir du manuel pour jouer au jeu complet et la bonne idée de n’afficher aucun nom pour chacun des bâtiments parsemant les écrans du jeu. Rebelote pour le 2, mais sous une forme plus compréhensible. N’empêche que le manuel vous sera utile. Le titre original est développé et édité par Blue Byte, et sort sur Amiga en 1993 puis sur PC en 1994. A l’époque, la société allemande ouverte en 1988 a déjà développé des jeux de tennis (!) et la série de jeux de tactique Battle Isle (1991-2000). Ils seront rachetés par Ubisoft en 2001 et continueront la série des Settlers, embrayeront sur Anno 1503 (2003), 2205 (2015) et 1800 (2018) (oui c’est un petit monde), et seront même responsable du jeu de combat médiéval For Honor (2017).

 

I. Entendre des voies routières

 

Vu comme un hybride entre la planification urbaine d’un SimCity et la liberté des personnages à la Populous (1989), god game de son état, The Settlers s’impose avec en plus un système économique complet, couplé à un réseau de voies à soigneusement organiser. Tout d’abord, après avoir activé la touche permettant de voir tous les emplacements constructibles, vous découvrez un monde avec ses forêts, ses plaines, ses montagnes, ses cours d’eau, ou encore ses océans pour le deuxième soft. Il faut donc choisir dans un premier temps l’endroit de votre quartier général, si possible dans un endroit plat et pas loin d’une montagne. Dans le premier opus, le thème est le Moyen-Âge : vous aurez un château et des chevaliers en armure. Dans le second, place à l’Antiquité avec des forums et des Romains, et trois autres factions qui ne changent pas vraiment grand-chose.

 


The Settlers premier du nom, et ses graphismes déjà plutôt colorés. On y voit les drapeaux et les petits Settlers qui transportent d’un point A à un point B les marchandises.

 

Une fois le château créé, vous voyez deux types de points : les endroits inconstructibles, où vous pouvez parfois placer un drapeau ; les endroits constructibles capables d’accueillir des petits, moyens, ou gros bâtiments en fonction des possibilités. Vos premières tâches seront sûrement de mettre en place un bûcheron qui va couper du bois, un forestier qui va planter des arbres, et un artisan du bois qui va transformer le bois en planche. Cela implique que ces trois bâtiments soient reliés au château ou forum. Chaque route que vous créez prend en compte sur le chemin que vous tracez l’inclinaison de la pente, déterminant le temps de marche, et place automatiquement des drapeaux entre les chemins. Entre deux drapeaux, un Settler vient se placer. Son rôle, c’est prendre les matériaux amenés jusqu’à un des deux drapeaux pour l’emmener au suivant si c’est sur le chemin. Plus il y a de drapeaux, moins il y a de distance, mais attention à ne pas abuser pour éviter des objets qui se posent sans cesse, pour être repris juste après. Dans le deuxième opus, si vous avez du blé et de l’eau, vous pourrez élever des ânes. Anes qui viendront assister vos Settlers sur la route. Mais cela nécessite deux gros bâtiments (au minimum), à savoir la ferme et l’éleveur, et un gisement d’eau découvert par un géologue que vous aurez préalablement appelé afin de déterminer les meilleurs endroits pour établir un puits ! Lien logique.

 


Les maisons de garde étendent votre domaine que vous pouvez ensuite administrer à votre convenance. Si vous rencontrer le domaine voisin, vos soldats commenceront à s’attaquer mutuellement. Pour les améliorer, il vous faudra de l’argent et de la bière. On gagne en grignotant son voisin petit à petit.

 

II. Faire trembler les chaînes de production

 

L’essentiel du jeu se passe ainsi à élaborer du mieux possible des voies routières et des chaînes de production logiques. Et c’est loin d’être simple, tant il est facile de congestionner ces voies face au nombre important de ressources différentes. Si vous avez un champ de blé, il vous faut un moulin, puis une boulangerie. Mais qui consomme le pain ? Les mineurs. Il faut donc prévoir en fonction de ça, pour éviter d’avoir vos boulangeries à l’autre bout de votre domaine. Pareillement pour les soldats qui auront besoin d’or et de bière, et qui seront utiles pour étendre un domaine au départ limité avec une maison de garde, puis servira à la défense de votre territoire via des tours de guet et autres structures accueillant plus de forces armées, voire à l’attaque du domaine voisin grâce aux catapultes.

 


Voici The Settlers II : 10th Anniversary (2006), la version remaniée, dix ans plus tard, du second opus. Considéré comme un des softs de la série les plus marquants, c’est loin d’être surprenant. L’interface est plus ergonomique et les graphismes un peu plus évolués, mais le coeur du jeu n’a pas changé.

 

Pêcheur, mineur, fermier, éleveur, forestier, bûcheron, soldat, porteur, âne de bât, mineur, constructeur de bâtisses, aplanisseur de terrain, géologue pour repérer les gisements et scouts pour repérer le terrain alentour… S’il y a davantage de professions dans le deuxième opus, la richesse du jeu est d’en proposer plus d’une vingtaine. Et pour l’époque, voir ces dizaines et dizaines de Settlers s’activer, couper des branches, chasser des cerfs, emmener des matériaux d’un point A à un point B, construire avec leurs mimines des bâtiments ou sauter sur place en attendant d’avoir quelque chose à faire est relativement nouveau et captivant, d’autant que comme dans un god game, aucun ordre direct n’est possible. Tout au plus pouvez-vous paramétrer les priorités dans l’acheminement des ressources pour alimenter telle ou telle fabrique. Le système économique est là aussi redoutable avec ses multiples chaînes qui vont de la coupe du bois à la distribution d’armes en fer forgé à des troupes payées et qui boivent. Rien n’est facile.

 

Conclusion

 

Si le deuxième opus apporte au moins des campagnes, des ports pour construire des bateaux et quelques nouvelles professions, la formule de base reste inchangée. Il s’agit bel et bien d’un city-builder qui prend son temps, qui se joue lentement, et où logistique et chaînes de production s’entremêlent pendant que vous voyez s’activer des Settlers un peu partout dans votre domaine, jusqu’au choc avec les domaines voisins à coup de chevaliers ou de légionnaires. Le jeu n’est pas facile à prendre en main au départ avec pour cause une interface pas ergonomique pour un sou et l’absence d’un tutoriel, nécessitant une lecture obligée du manuel (ce qui est difficile à retrouver vingt ans après). La musique et les effets sonores sont très sommaires, même avec un style graphique mignon et coloré qui peut être attachant pour les plus nostalgiques.

 


Le dernier opus en date, The Settlers VII (2010). Deux prochains opus sont malgré tout prévus pour l’année 2019 : une future édition anniversaire reprenant les opus marquants de la série, et un huitième opus annoncé récemment à la Gamescom 2018.

 

Difficile en tout cas de ne pas voir à quel point il est intéressant de considérer ces deux softs dans l’histoire du jeu de gestion, en entrant davantage dans le cœur des activités économiques que ne pouvait le faire un SimCity. Il suffit de voir Anno 1602 (1998) avec son système de porteur en provenance d’entrepôts allant chercher sur des routes les matériaux que vous produisez via des chaînes de production. Toutefois, The Settlers n’a pas tout inventé, car au même moment paraissent les deux premiers opus de Caesar (1992-1995), la série d’Impression Games, qui fait aussi de la gestion économique en étendant son champ à un système de provinces, et en mettant en place des maisons avec différents besoins pour évoluer.

 

Liste des city-builders :

 

Liste des jeux vidéos du site.

Administrateur et rédacteur-en-chef omnipotent, j'écris sur l'actualité vidéoludique, l'actualité culturelle, la géopolitique et l'histoire militaire, parfois en partenariat avec Historia Games, Mundus Bellicus et la Gazette du Wargamer.

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