Film d’animation ou comic animé ? Spider-Man : Into the Spiderverse (2018)

Spider-man : Into the Spiderverse, ou Spider-man : New Generation en français (ne me demandez pas pourquoi) est une bombe. Ce n’est pas un film, ce n’est pas un film d’animation, c’est tout simplement un comics animé. Le style graphique est unique, la musique est excellente, mélange entre du symphonique, du rap et du RnB pour faire simple, l’histoire est classique mais sublimée par les deux éléments précédents, les références à la pop-culture sont légions, l’humour fait mouche à chaque fois, et même les personnages ont le temps d’être travaillés malgré le délai court d’un film de 2h. Si on devait s’arrêter maintenant, vous aurez compris que je vous recommande chaudement avant qu’il ne soit trop tard d’aller voir ce film dans les salles obscures si ce n’est déjà fait. Mais ici on développe. Alors allons-y gaiement.

 

I. Un grand pouvoir implique…

 

Dans notre article consacré au Marvel Cinematic Universe (2008-2016), nous nous sommes arrêtés avant le reboot de Spider-man au cinéma, nommé Homecoming. L’origine du super-héros remonte aux années 60, avec une première apparition dans Amazing Fantasy #15, la dernière occurrence de cette anthologie de comics, pour tester le personnage vu qu’il n’y avait plus rien à perdre. Pourtant, c’est un hit commercial, poussant Marvel à proposer dès l’année suivante la série The Amazing Spider-man en 1963. Le héros est un « adolescent », qui découvre ses pouvoirs alors qu’il est étudiant, et doit gérer son identité secrète, ses cours, et ses galères financières en même temps. Tout cela parle à un nouveau lectorat trop peu sollicité jusque là, ce qui garantit en partie le succès du personange depuis plus d’une cinquantaine d’années. Aux commandes, on retrouve le scénariste Stan Lee (1922-2018) et le dessinateur Steve Ditko (1927-2018), disparus tous deux l’année dernière et laissant désormais en 2019 la série orpheline…

 


Spider-Man, le début.

 

Le héros, Peter Parker, scientifique talentueux, est mordu par une araignée radioactive, lui conférent une agilité et une force surhumaine, un sixième sens très développé, et la capacité de grimper sur les murs ou de projeter une toile d’araignée pour se balancer d’immeubles en immeubles ou interrompre un adversaire. Il doit gérer en plus sa vie étudiante, sa vie amoureuse, et le fait qu’il soit violemment critiqué par les autorités et catalogué en tant qu’ennemi public. Je passe bien sûr sur ses nombreux ennemis, réécritures et j’en passe, en cinquante ans vous imaginez bien qu’il y aurait matière pour un article complet. De même, on ne s’étonnera pas des nombreuses adaptations : le générique iconique de la série d’animation de 1967, l’excellente série de 1994 et la toute dernière série lancée en 2017 en témoigneront. De même pour les jeux vidéos, de 1982 à aujourd’hui, ou les adaptations filmiques commençant à la fin des années 70.

 

 

II. … de grandes responsabilités

 

On retient malgré tout dans le domaine du cinéma la trilogie appréciée de 2002-2007, campant notamment le Bouffon Vert (The Green Goblin), le docteur Octopus, l’homme-sable (Sandman) et Venom, l’alter-égo maléfique de Peter Parker, suivie par la sortie en 2017 d’Homecoming, un nouveau reboot. De même, la toute dernière occurrence de Peter Parker dans le monde du jeu vidéo avec Marvel’s Spider-man (2018) a été extrêmement appréciée. Et on arrive en toute dernière instance à ce film d’animation dont je vais vous parler. Réalisé par Bob Persichetti (Le Petit Prince de 2015), Peter Ramsey et Rodney Rothman, il est sorti en décembre 2018 et fait découvrir Miles Morales, le porteur du costume de l’araignée noir qu’on connait depuis 2011, et qui bénéficie de pouvoirs légèrement différents ainsi que d’une histoire propre, sur laquelle je ne reviendrai pas pour éviter toute divulgation de scénario.

 


En 2011, Mile Morales prend le costume.

 

Dans l’univers de Miles Morales, on retrouve un certain Peter Parker, combattant depuis des années le crime. Miles, qui vient de Brooklyn, est pris dans un lycée prestigieux où il ne se sent pas tout à fait à sa place, au grand dam de son père policier et de sa mère infirmière. C’est dans ce contexte qu’il deviendra Spider-Man, alors même que pour d’autres raisons familales, l’antagoniste principal, le Caïd (Kingpin), cherche à rejoindre d’autres dimensions. A la suite de la découverte de ses pouvoirs et d’un premier combat se passant extrêmement mal, d’autres Spider en provenance d’univers différents rejoignent l’univers de Miles. Avant qu’ils ne soient désintégrés, car en quelque sort des bugs, il faudra que Miles accepte ses pouvoirs et son statut de Spider-Man pour pouvoir faire quelque chose.

 

 

III. Une réalisation impeccable

 

Je pense ne pas avoir suffisamment d’adjectifs laudatifs pour exprimer mon ressenti à la sortie des salles obscures. Je vais essayer de vous résumer comme je peux. D’abord, le style graphique est incroyable. On est en-dehors du film d’animation, avec un style se rapprochant du comic, avec des incrustations de pensées ou d’interjections, sans compter le dynamisme du film, qui nous propose notamment dans ses scènes de combat du grandiose, avec des couleurs et des personnes qui virevoltent dans tous les sens sans saccades, avec une fluidité incroyable. On oublie parfois même qu’on est dans un film d’animation. Couplé à ça, il y a la musique, qui se mêle vraiment aux dessins et à l’histoire qu’elle est en train de raconter, rendant hommage à chacun des Spider-Man, avec des sonorités orchestrales classiques pour les Spider classiques, mais qui s’adaptent à chacun des héros ou des adversaires, avec une mention spéciale pour le Rôdeur (Prowler), et aussi à Miles avec le rajout de sonorités dites « contemporaines », avec de l’électro, des platines et j’en passe, sans parler des musiques d’artistes de rap ou de RnB qui s’intègrent parfaitement à l’histoire.

 


Le Rôdeur, un des antagonistes principal du film.

 

Enfin, l’univers et les personnages, qui sont travaillés, drôles (n’est pas Spider qui veut), uniques, avec des tas de références annexes, par exemple quand on entend le Spider-Man original parler de son goût de glace ou de son générique des années 60… De même, chaque Spider a son identité visuelle, musicale et son humour propre, du Spider qui s’est laissé aller au Spider à la mode japonaise qui n’a plus rien à voir avec le modèle original. Et c’est leurs interactions qui sera déterminant dans l’apprentissage de Miles. Le film est d’ailleurs centré sur Miles, ce personnage attachant, qui a du mal à trouver un sens à sa vie, intelligent mais en quête d’un mentor, et qui doit s’accepter et accepter ses choix pour progresser. Toute cette histoire est sublimée par les éléments dont je vous parlais juste avant : l’animation géniale, la musique, l’univers. Par ailleurs, comme je le disais avec le film Black Panther (2018), le fait de renverser nos attentes dans les films de super-héros, en proposant un personnage principal noir, ce qui reste rare et récent si on considère cinquante années de Spider-Man, venant de Brooklyn, d’un milieu social différent, avec des musiques un peu caricaturales (rap et RnB) mais qui permettent quand même de créer une identité nouvelle, et qui sonne plus ou moins juste dans un monde de super-héros occidentaux assez blanc au départ, est très appréciable. Et ce n’est pas le seul renversement, le film peut s’avérer surprenant dans les relations entre les personnages, dans de petites piques ici ou là, et en 2018, et même en 2019, ça fait du bien, surtout venant d’une licence aussi connue.

 

Conclusion

 

L’histoire, simple mais faisant mouche, est sublimée par la narration, par le graphisme, par la musique, par l’univers, par le renversement de ce qui fait normalement un film de super-héros. C’est une expérience autant visuelle que sonore, qu’il serait dommage de ne pas voir.

 

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Administrateur et rédacteur-en-chef omnipotent, j'écris sur l'actualité vidéoludique, l'actualité culturelle, la géopolitique et l'histoire militaire, parfois en partenariat avec Historia Games, Mundus Bellicus et la Gazette du Wargamer.

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