Le Temps des Unificateurs (Le Sengoku Jidai, épisode 04)

Avant l’essor des trois Daimyo qui ont tenté ou réussi l’unification du Japon, les luttes ont vu des évolutions sociales sans précédent : certains Shugo ont fini dépossédés de leur terre, et certains guerriers ont fini par s’élever socialement pour devenir de grands seigneurs. Vers la fin de la période, les luttes s’intensifient autour de Kyoto.

 

I. Oda Nobunaga (1534-1582)

 

Vers 1560, Oda Nobunaga est un Daimyo ayant tout juste réussi à unifier sa province, lorsqu’un certain Imagawa Yoshimoto dirige son armée dans le but de prendre Kyoto et de déposer une fois pour toute le Shogun théorique. Son trajet le somme de passer par le territoire du clan Oda. Nobunaga prend l’initiative malgré son infériorité numérique, et lance une attaque-éclair à Okehazama : son but n’est pas de battre l’armée supérieure en nombre, mais de prendre la tête du Daimyo, chose qu’il réussit à faire à la faveur d’un orage en contournant le campement principal.

 

 

Ces premiers pas sont suivis par de longues luttes avec des clans rivaux, mais aussi avec les religieux. La montagne sacrée Hieizan est prise dans le sang, et Nobunaga traite avec les rébellions Ikkô-Ikki. Il assiège ainsi pendant près de dix ans leur forteresse à Imagawa : c’est le siège le plus long de l’histoire du Japon, fini en 1580. Il finit ainsi par juguler ces révoltes bouddhiques définitivement.

 

 

Il devient rapidement le Daimyo majeur de sa région. Approché par Ashikaga Yoshiaki pour prendre Kyoto, il réussit à le placer comme Shogun, en rognant progressivement son pouvoir. En 1573, le dernier Shogun Ashikaga est ainsi déposé. La bataille de Nagashino consacre sa prééminence sur les Takeda, les rivaux les plus importants de la région : en 1575, ses 3000 arquebusiers stoppent la charge ennemie, et le violent corps-à-corps qui s’ensuit marque le triomphe de Nobunaga. Après avoir terminé le siège d’Imagawa en 1580, Nobunaga commence à s’étendre vers l’ouest avec ses deux commandants : Toyotomi Hideyoshi et Akechi Mitsuhide. Le second, à la faveur de mouvements militaires, trahit Nobunaga séjournant dans un temple : encerclé, il se suicide, et son corps est calciné dans l’incendie qui ravage l’édifice en 1582.

 

II. Toyotomi Hideyoshi (1536-1598)

 

Ce général loyal à Oda Nobunaga est l’exemple parfait de la mouvance sociale de l’époque. Simple Ashigaru, il gravit les rangs jusqu’à devenir un fidèle vassal. Lorsque Nobunaga est tué par Akechi Mitsuhide, il revient à marche forcée sur Kyoto, surprend son ancien collègue et le bat en bataille rangée. En 1585, le territoire appartenant autrefois à Nobunaga est enfin stabilisé entre ses mains, et il peut poursuivre la stratégie de conquête de son ancien seigneur, non sans avoir vaincu des généraux concurrents et les fils de Nobunaga. Il prend Shikoku et Kyushu entre 1585 et 1587. Ses conquêtes successives sont le moyen pour lui d’accroître son emprise et de réutiliser les hommes qu’il accueille sous ses ordres.

 

 

Pendant que le Japon s’unifie jusqu’en 1591 sous la houlette d’Hideyoshi, la Chasse aux Epées de 1588 et l’Edit de Séparation de 1591 marquent durablement le paysage social japonais. Cette chasse aux épées vise à aller chercher les armes de tous les paysans et de tous les vassaux réfractaires pour les confisquer. Or, c’était cette présence d’armes qui avait permis la constitution des premiers Ashigaru et leur maintien parmi la population des travailleurs du Daimyo. Plus jamais on ne devait voir des révoltés prendre les armes, et notamment les puissantes arquebuses.

 

 

L’Edit de Séparation fixe quant à lui la stratification sociale. Les paysans restent paysans, les membres de la classe militaire, Ashigarus ou Samurai, restent membres de la classe militaire. L’essor social d’Hideyoshi lui-même ne doit jamais plus se reproduire. De très nombreux Daimyos se sont élevés à la force de leurs armes : ce n’est désormais plus chose possible, et cette rigidité se maintient jusqu’à la fin du Shogunant Tokugawa. Quoi qu’il en soit, après ces deux réalisations, Hideyoshi veut soumettre la Chine, et commence par lancer des expéditions militaires en Corée entre 1592 et sa mort en 1598. Ce général compétent et aimé de ses troupes laisse sa place au dernier des unificateurs.

 

III. Tokugawa Ieyasu (1542-1616)

 

L’ancien allié d’Imagawa Yoshimoto, tué au combat en 1560 par Oda Nobunaga, s’est vite retrouvé dans le camp du tueur de son seigneur. Libéré de ses obligations, il combat les clans rivaux de Nobunaga, et notamment les Takeda avec qui il a de nombreux démêlés. Il participe notamment à la bataille de Nagashino de 1575 voyant la défaite cinglante des Takeda.

 

 

Lorsque Nobunaga meurt en 1582, il s’oppose à plusieurs reprises à Hideyoshi, sans conséquences. Loin des îles et de Corée, il n’est pas astreint de participer à ces expéditions, ce qui lui permet de ménager ses propres forces militaires. Après la mort d’Hideyoshi en 1598, deux partis se forment au Japon : l’Armée d’Occident veut que Toyotomi Hideyori prenne la suite de son père, tandis que l’Armée d’Orient menée par Ieyasu milite pour un changement de tête.

 

Cette situation explosive culmine en 1600 à la bataille de Sekigahara où de très nombreux Daimyos se battent. Grâce à une trahison de troupes de l’Armée d’Occident, les lignes se disloquent et l’armée d’Ieyasu est victorieuse. A partir de ce moment-là, les autres Daimyos préfèrent se soumettre au nouvel unificateur du Japon. Profitant de ses ascendances prestigieuses, Ieyasu se proclame Shogun en 1603, mettant fin à plus d’un siècle de crise. Il garde les réformes d’Hideyoshi, redistribue les terres à ses alliés, ménage l’équilibre du territoire, et mate le dernier bastion des révoltés autour d’Osaka entre 1614 et 1615, réunis autour d’Hideyori. Le Shogunat Tokugawa est né.

 

Bibliographie indicative :

  • Akamatsu, P., « Une histoire du Japon, des origines à 1867 » [Sir George Bailey Sansom, A history of Japan : I. To 1334. ; II. 1334-1615. ; III. 1615-1867.], In Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, n°1, 1967, pp. 178-184
  • Otani, Ch., « Le mouvement insurrectionnel du Ikkô-Ikki, adeptes de la secte bouddhique Shin-shû au XVe et au XVIe siècle », In École pratique des hautes études. 4e section, Sciences historiques et philologiques, 1968, pp. 609-612.
  • Turnbull, S., Gerrard, H., Ashigaru 1467-1649. Warrior n°29, Osprey Publishing, Oxford, 2001, 64 p.
  • Turnbull, S., Samurai Commanders (2). 1577-1638. Elite 128., Osprey Publishing, Oxford, 2005, 64 p.
  • Turnbull, S., War in Japan 1467-1615. Essential Histories n°46, Osprey Publishing, Oxford, 2002, 95 p.

 

Le Sengoku Jidai :

 

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Administrateur et rédacteur-en-chef omnipotent, j'écris sur l'actualité vidéoludique, l'actualité culturelle, la géopolitique et l'histoire militaire, parfois en partenariat avec Historia Games, Mundus Bellicus et la Gazette du Wargamer.

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