Une Nouvelle Ere de la Guerre (Le Sengoku Jidai, épisode 03)

I. La tactique samurai en jeu

 

Le Bushi est le produit lointain des expéditions de Corée et de l’expérience militaire récoltée. En effet, entre le Ier et le Ve siècle, trois royaumes s’affrontent pour le contrôle de la péninsule : Koguryo, Silla et Paekche. Les derniers appelent les forces impériales japonaises vers 400, mais cette expédition est un échec. Les cavaliers Koguryo harcèlent particulièrement bien les troupes terrestres japonaises. Mais cette défaite est l’occasion pour le Japon d’importer ses premiers chevaux, qui s’implantent dans les plaines de l’est de l’île. En 553, les forces japonaises sont rappelées : elles ont désormais bien plus de répondant car maintenant composées de guerriers montés pratiquant l’art de tirer au galop (yabusame).

 

 

Le terme samurai apparaît au Xe siècle, désignant une réalité similaire à celle du Bushi. Ce sont les luttes intestines entre grandes familles qui tracent la voie de l’émergence d’une classe d’aristocrates-guerriers, les Bushi. Le guerrier noble par excellence porte désormais une armure lamellaire mêlant cuir et métal, où les différentes plaques d’armure sont lacées ensemble. Le code du bushi, le bushido, apparaît dans le même temps. Un réseau de fidélités lie désormais le Daimyo ou Shugo à ses samurais ou bushi. Le Seigneur accorde des fiefs de plus ou moins grande importance à ses guerriers, sommés de lui accorder en retour une aide militaire et des hommes. Ceux appelés Ji-Samurai sont les plus pauvres de cette classe de guerriers, et cultivent la terre pour survivre lorsqu’ils ne sont pas appelés au combat. Certains de ces Ji-Samurai participent d’ailleurs aux révoltes Ikkô-Ikki.

 

 

Armé du katana, du wakizachi et d’une dague, le guerrier samurai est avant toute chose, et contrairement à ce qu’on imagine, un archer à cheval. Mais le développement pendant le Sengoku Jidai des masses d’infanterie et des troupes annexes font évoluer durablement l’armement. Les volées de flèches de l’infanterie, puis de balles de mousquets après 1543, sonnent le glas des archers à cheval : bien que très peu précises, ces volées, qui rappellent la méthode de combat des Mongols qui ont tenté l’invasion du Japon au XIIIe siècle, sont plus efficaces dans des batailles impliquant une population militaire croissante, et tendent à rendre caduque la présence de guerriers mortellement précis, mais en faible nombre. En Europe, entre le XVIe et le XVIIIe siècle, les cavaliers passent de l’art de la caracole, consistant à tirer avec des pistolets avant de se replier pour charger, à la revalorisation du contact. L’évolution de la tradition militaire équestre est la même au Japon, bien qu’un peu plus précoce. Les guerriers s’équipent de plus en plus de lances japonaises appelées yari, et leur rôle tend à devenir celui d’une cavalerie de contact, destinée à rompre les rangs adverses et notamment ceux des tireurs, le tout en étant appuyé par une infanterie en plein renouvellement.

 

II. L’essor des nouveaux combattants

 

L’infanterie prend un rôle de plus en plus important, et se développe numériquement. Au départ, ces troupes à pied sont simplement tirées de la masse des travailleurs de la terre du Daimyo. Mais cette période de crise voit l’émergence d’une nouvelle catégorie de combattants appelés Ashigaru (Pieds-légers). Exclus de la société, vagabonds ou laissés-pour-compte, ne disposant pas même de sandales pour marcher, d’où leur nom, ces hommes sur les routes finissent par se vendre aux seigneurs locaux les plus offrants : d’un côté, le Daimyo voit un moyen rapide d’augmenter ses effectifs pour continuer ses petites guerres de bornage, de l’autre les Ashigaru voient la perspective de faire du butin impunément. Mais ces troupes légères, armés sur le tas, sont très peu disciplinées, et ont pour habitude de déserter à tout bout de champ pour aller chercher des horizons meilleurs.

 

 

Le besoin de compléter les effectifs est néanmoins très fort dans une période militaire difficile. Aussi, certains Daimyos vont tenter de fixer ces effectifs, en leur donnant un statut, un équipement, une organisation. Dirigés par les Samurai, les formations d’Ashigaru se fixent chez les Daimyo les plus influents. Ils sont armés de naginata, de yari, d’arcs ou encore de mousquets importés d’Europe par les Portugais en 1543, et copiés par les manufactures du Japon. Ils complètent les effectifs des Bushi en apportant un soutien militaire indéniable. Ces Ashigaru permanents forment une nouvelle classe militaire, gardant les forteresses et les points-clés du Daimyo, tandis que les Ashigaru temporaires tendent à désigner désormais les paysans, capables de s’armer convenablement au fur et à mesure que la période avance et que les moyens de certains Daimyos progressent.

 

III. L’appel aux armes

 

Lorsque le Daimyo entre en guerre contre un de ses voisins, il a besoin de troupes. Outre les siennes propres, et celles de ses fiefs et forteresses, il dispose aussi d’un réseau de fidélité le liant à des Samurai à qui il a accordé un fief. Il évalue leur richesse en koku, 1 koku représentant la consommation en riz d’un homme pendant un an. En fonction de cette richesse, les Samurai sont sommés en cas de conflit d’accompagner le Seigneur avec un nombre plus ou moins important de soldats : ils peuvent ramener avec eux des compagnons d’arme samurai, des genin (domestiques pouvant agir en écuyers), des jisamurai et des paysans. Cette contribution en paysans se transforme en contribution en Ashigaru au moment où leurs effectifs se fixent et où la population rurale dispose de plus en plus de stocks d’armes pour répondre aux besoins des seigneurs.

 

 

Comme dans toute armée, la place des bagages est importante et doit être soulignée ici aussi : en fonction de la durée de la campagne, les contingents militaires sont accompagnés par un cortège de femmes de soldat, de ravitaillement, de médecins, de marchands, de vétérinaires, etc. Le Samurai a une ou plusieurs montures en fonction de sa richesse, et seuls les plus pauvres ou ceux qui ont perdu tous leurs chevaux au combat combattent à pied. Et même si le code du Bushido reste rigide, vaincre un autre Daimyo n’est pas synonyme de séances massives de seppuku ou d’harakiri (suicide rituel par éventration) : la plupart du temps, le Daimyo vaincu est invité à se soumettre au vainqueur pour conserver un lopin de terre, tandis que les troupes sous sa juridiction deviennent pour le coup celles du nouveau seigneur.

 

Bibliographie indicative :

  • Akamatsu, P., « Une histoire du Japon, des origines à 1867 » [Sir George Bailey Sansom, A history of Japan : I. To 1334. ; II. 1334-1615. ; III. 1615-1867.], In Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, n°1, 1967, pp. 178-184
  • Otani, Ch., « Le mouvement insurrectionnel du Ikkô-Ikki, adeptes de la secte bouddhique Shin-shû au XVe et au XVIe siècle », In École pratique des hautes études. 4e section, Sciences historiques et philologiques, 1968, pp. 609-612.
  • Turnbull, S., Gerrard, H., Ashigaru 1467-1649. Warrior n°29, Osprey Publishing, Oxford, 2001, 64 p.
  • Turnbull, S., Samurai Commanders (2). 1577-1638. Elite 128., Osprey Publishing, Oxford, 2005, 64 p.
  • Turnbull, S., War in Japan 1467-1615. Essential Histories n°46, Osprey Publishing, Oxford, 2002, 95 p.

 

Le Sengoku Jidai :

 

Autres Conflit d’Histoire :

 

 

Administrateur et rédacteur-en-chef omnipotent, j'écris sur l'actualité vidéoludique, l'actualité culturelle, la géopolitique et l'histoire militaire, parfois en partenariat avec Historia Games, Mundus Bellicus et la Gazette du Wargamer.

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