Le RPG du darwinisme – Pokémon, l’origine (1996)

Avec notre article pour Final Fantasy premier du nom, nous étions entrés dans le monde du Japanese Role-Playing Game (JRPG), à une époque, la fin des années 80, où Square et Enix se tirent un peu la bourre entre Dragon Quest et Final Fantasy, tandis que la sauce fonctionne si bien que les softs sont adaptés les uns après les autres pour les Américains et les Européens. Mais un autre succès attendait le monde vidéoludique nippon : les versions Vert et Rouge de Pokémon (1996). Trois ans plus tard, les versions Rouge et Bleu touchent le public occidental, faisant de l’opus original un des RPG le plus vendu de tous les temps.

 


Un vrai phénomène culturel, brassant des millions de personnes. Ci-dessus le rassemblement de fans à Lille pour une chasse avec Pokémon Go.

 

Et le succès de la franchise ne se démentit toujours pas, entre adaptations animées qui ont marqué nos télévisions dans les années 2000, produits dérivés, cartes à jouer, etc. Les versions différentes puis améliorées se succèdent, l’opus original étant même réadapté sur Game Boy Advance en 2004. La série principale se poursuite encore aujourd’hui, le tout dernier opus étant paru sur Nintendo 3DS, soient les versions Soleil et Lune (2016) ou les versions Ultra-Soleil et Ultra-Lune (2017). Inutile aussi de revenir sur le succès énorme qu’a eu en son temps Pokémon Go (2016) et qui a mis dans les villes et les campagnes en branle des joueurs de tout âge avec leurs smartphones afin de capturer des Pokémon, de les faire évoluer et se battre, occasionnant aussi quelques débordements. Retournons donc à l’opus originel pour comprendre d’où on part, et voir comment le jeu s’impose comme une référence du RPG par son système de progression et d’évolution centré non pas sur le joueur, mais sur ses propres créatures.

 

I. Les insectes mignons

 

A l’origine du concept des monstres de poche, ou Pocket Monsters, abrégé plus tard en Pokémon pour des questions de droits, nous retrouvons Satoshi Tajiri. On raconte que sa passion d’enfant était de collectionner les insectes. Reste qu’il fonde d’abord un magazine de jeux vidéos dans les années 80 avant de créer la société Game Freak. Après six ans de développement parfois chaotique, chapoté par le tout-puissant éditeur Nintendo, qui avait déjà édité un autre RPG, Fire Emblem, le jeu sort enfin en 1996. Il aura tellement de succès qu’il sortira outre-Pacifique en 1999, presque entièrement réécrit.

 


La version colorisée de 2004 sur GBA ressemble en tout point à un JRPG assez classique, où il s’agit de se promener, parler aux gens, puis se retrouver dans des grottes ou hautes herbes où on est assailli de manière répétée par des pokémons sauvages ou par d’autres dresseurs de pokémons.

 

Le principe du jeu est simple. Dans une plastique graphique et musicale plutôt moyenne, le joueur incarne un jeune qui est bouté hors de sa maison par sa mère pour découvrir le monde. Il se retrouve très vite devant un professeur qui lui explique que pour survivre hors du village, il faudra posséder un pokémon pour éviter les mauvaises rencontres dans les hautes herbes… Rien de moins qu’un monde apocalyptique. Après avoir fait votre choix entre trois créatures étranges utilisant l’eau, le feu, ou les plantes, et après avoir fait la rencontre de votre rival qui vous poursuivra tout au long du jeu, vous voilà lancé dans le jeu. Votre motivation ? Avancer, capturer des Pokémon, les faire évoluer, battre les grands dresseurs, et accessoirement battre une organisation un poil mystérieuse.

 

II. Un RPG de collection

 

Nous l’avons vu pour Final Fantasy ou les RPG en général, le système de jeu est généralement centré sur l’évolution de votre personnage ou d’un groupe de personnage, qui apprend de nouvelles choses, avance dans le scénario, et peut réaliser de plus grandes choses au fur et à mesure qu’il prend des niveaux. Sauf que dans Pokémon, tout ceci ne vous concerne pas. Lorsque vous vous battez, ce sont les Pokémon qui comptent. Vous restez le même, du début à la fin. Votre seul rôle : porter les pokémons blessés dans les centres, les capturer, choisir leurs attaques, les faire évoluer, les bichonner, et les transporter d’un point A à un point B. Voilà qui change tout, et qui rappelle fort les premiers tamagotchis, ou animaux de compagnie virtuels à nourrir et bichonner, ou même la franchise Digimon qui a commencé à essaimer à la même époque avec des jeux moins centrés sur le combat et plus sur le bien-être de vos digital monsters.

 


Les 151 pokémons de la première génération. Certains évoluent, d’autres non, et les joueurs ont pour objectif de tous les capturer… De quoi faire !

 

En transformant la focale de ce RPG, Pokémon n’a pas fini de surprendre. La première mouture propose pas moins de 151 pokémons (dont un secret). Ceux-ci sont de différentes formes, ont divers cris, couleurs (pour les versions suivantes), et types : roche, combat, air, feu, eau, poison, insecte, psy et j’en passe, vous avez 15 types différents. Ils peuvent avoir de 0 à deux évolutions, ce qui les fait se transformer, et à chaque passage de niveau, leurs statistiques évoluent, et ils deviennent plus forts, agiles, endurants, et gagnent de nouvelles techniques. Malgré leur look un peu enfantin, on s’attache très vite à ces petites créatures, qu’on a envie de voir changer de forme, obtenir de nouvelles attaques, et il devient vite difficile de choisir qui garder dans son équipe de six pokémon, et qui faire monter de niveau. C’est d’ailleurs là que réside le potentiel addictif du jeu. En mélangeant le grind, ou actions répétitives en vue de monter un ou plusieurs personnages, avec une collection plutôt vaste capable d’évoluer, et un monde qui s’ouvre petit à petit, la folie Pokémon était née. La même qui a poussé autant de joueurs de Pokémon Go dans les rues.

 


Un aperçu du jeu original, avec les niveaux et les barres de point de vie des deux pokémons respectifs, le type de l’attaque tackle (ici, normal), son nombre de points d’utilisation avant de devoir aller recharger le pokémon dans un centre, et le reste des attaques disponibles. Il faudra choisir au fur et à mesure de l’avancée en niveau du pokémon quelles techniques garder. Des attaques aux types particuliers ? Des techniques affaiblissantes ? Il faudra penser individuel, mais aussi collectif car après tout, vous disposez d’une équipe de six aux diverses formes et attaques…

 

D’autant que le jeu est loin d’être simple. Chaque pokémon a un type particulier, qui peut être une force ou une faiblesse en fonction du type de pokémon rencontré. De même, ses attaques peuvent avoir différents types. Ce qui apparaît comme un bête jeu de combat où vous lancez vos pokémons contre d’autres devient plus tactique qu’il n’y paraît. Il faut en effet choisir le bon type de pokémon face à celui qui vous affronte, puis la bonne technique, sachant qu’on trouve dès le début un certain nombre de compétences permettant d’affaiblir l’adversaire via différents moyens, permettant de nombreuses combinaisons. Le tout sert à continuer à se battre pour gagner la précieuse expérience, qui permettra aux combattants d’évoluer peu à peu. Et il est gratifiant de voir les créatures élevées changer de forme, si bien que l’on peut se demander si cette quête darwinienne n’est pas fascinante pour l’esprit humain…

 


L’air de rien, les forces et faiblesses des différents types de pokémons ou d’attaque sont légion, comme vous pouvez le voir pour le dernier épisode paru. Mélangez à cela les nombreuses compétences, perspectives d’évolutions, et constructions d’équipes de six, et vous voyez immédiatement que tout ceci apparaît plus tactique que prévu…

 

Conclusion

 

Pokémon a été un RPG innovant. Il a changé la focale pour permettre au joueur de s’intéresser à une collection de 150 pokémon à faire évoluer et à transformer, avec un système de combat simple à prendre en main, difficile à maîtriser. La franchise s’est peu à peu développée, pour proposer aujourd’hui pas moins de 802 pokémons différents. Il a aussi été un succès commercial critique, d’autant que la société propose souvent des rééditions de ses jeux précédents, et que les versions différentes forcent les joueurs à entrer en contact les uns avec les autres pour combler les pokémons manquants via des échanges. Malgré le fait qu’aucun grand jeu pokémon avec l’ensemble des créatures développées depuis 20 ans n’ait vu le jour, la série est pourtant toujours dans le top des ventes. Et ça ne semble pour le moment pas prêt de s’arrêter, même après sept générations de pokémons.

 


Le prochain opus Pokémon, sur Nintendo Switch, reprendra carrément le tout premier jeu, en ne permettant que la capture et les combats avec d’autres dresseurs, oubliant le côté sauvage des Pokémons, au profit de meilleurs graphismes… Commerce, commerce.

 

Liste des RPG :

 

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Administrateur et rédacteur-en-chef omnipotent, j'écris sur l'actualité vidéoludique, l'actualité culturelle, la géopolitique et l'histoire militaire, parfois en partenariat avec Historia Games, Mundus Bellicus et la Gazette du Wargamer.

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