Violence, crimes de masse et indécence (Point Actu, 14/07/2016)

Un camion écrase et tue 84 personnes sur la Promenade des Anglais, une attaque au couteau frappe une famille de quatre personnes quelques jours plus tard ; deux attaques aux armes tranchantes, une à la bombe et une aux armes automatiques frappent l’Allemagne en une semaine ; une bombe explose à Kaboul et tue 80 personnes ; une attaque au couteau est perpétrée dans un hôpital psychiatrique au Japon ; une fusillade en Floride, un putsch militaire en Turquie de 290 morts…

 

Les crimes de masse et la violence semblent se multiplier en plein été, et surtout se mettent à frapper de plus en plus proche. La couverture médiatique est extrêmement dense, les informations tournent en continu sous fond de préparation des candidatures présidentielles françaises. Parlons d’ailleurs de cette fameuse France.

 

Orienter la souffrance

 

Les médias nationaux s’amusent dans leur souci de dévoiler un maximum de chose à préciser sans arrêt la nationalité des tueurs, surtout s’ils sont bi-nationaux, comme si cela pouvait expliquer quoi que ce soit, et n’hésitent pas à brosser un portrait aussi complet que si on se retrouvait dans Faites Entrer l’Accusé. On peut imaginer à quel point les familles des victimes sont contentes de voir afficher dans tous les médias nationaux la photo du tueur, et de voir une cohorte d’experts commenter chaque élément de sa vie.

 

Ce culte de l’indécence se retrouve évidemment dans la couverture des événements, inutile de revenir sur les bavures journalistiques diverses le soir de la tuerie de Nice, et se télescope dans les divers « réseaux sociaux » à coup d’images et de vidéos chocs. C’est dans ces mêmes endroits que frappe la propagande de Daesh, à grand coup de banalisation de la décapitation.

 

La mort comme argument politique

 

L’indécence frappe aussi les milieux politiques. Les opposants s’amusent à accuser François Hollande et ses mesures de sécurité, comme si cela pouvait permettre d’avancer. Ils critiquent des mesures de sécurité qu’ils auraient pourtant appliqué à sa place. Il suffira d’attendre que la droite soit élue et que des attentats soient commis pour prouver que n’importe quel dégénéré pourra toujours réussir à forcer des mesures de sécurité aussi draconiennes soient-elles, à moins d’instaurer une surveillance active pour chaque citoyen.

 

Les promesses de campagne s’orientent ainsi vers la sécurité toute puissante, les mesures farfelues proposées par les candidats étant légion. A ce titre, rendez-vous ici pour décoder avec le Monde les discours provocateurs du candidat des Républicains Sarkozy. Cette récupération politique conduit de nombreux hommes politiques à essayer de surfer sur la vague de la mort, à grand coups de promesses pour leurs fameux « français » qui ont évidemment grand besoin d’eux si on les écoute attentivement.

 

Conclusion

 

Au lieu de compter nos morts et d’être uni comme pendant les derniers attentats, la France s’amuse à rompre son unité nationale grâce aux toutes-puissantes chaînes d’information faisant leur beurre des coupables et des sacrifiés, et surtout grâce aux responsables politiques qui profitent de la situation pour préparer leurs futures campagnes. Les « élites » donnent un bien mauvais exemple, et il serait de bon ton que l’indécence quitte une fois pour toute la politique.

 

D’après Platon et sa République, l’homme politique doit inspirer la vertu, la justice et la tempérance. Platon était déjà loin du compte à son époque, et ce ne sont pas les scandales judiciaires et/ou monétaires de candidats à la présidence qui permettront d’améliorer les choses.

 

Bienvenue en 2016.

 

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Rédacteur pour Mundus Bellicus et la Gazette du Wargamer, j'écris sur l'actualité, l'actualité culturelle, la géopolitique et l'histoire militaire.

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