Chef-d’oeuvre d’animation – Rurouni Kenshin : Tsuioku-Hen (1999)

Un ancien billet vous décrivait déjà tout ce que je pensais de la série dans son ensemble, mais il me semblait important de revenir dans un article entier sur un chef-d’œuvre de l’animation japonaise, capable d’enlever n’importe quel a priori qu’on pourrait avoir, en proposant une œuvre sombre, profonde et belle. Je vais donc tâcher d’expliquer pourquoi vous ne pouvez pas ne pas voir une telle œuvre.

 

I. C’est quoi Kenshin ?

 

Le manga est écrit et illustré par Nobuhiro Nishiwaki entre 1994 et 1999. Il raconte l’histoire d’un ancien samurai assassin qui a participé corps et âme au combat entre les forces du Bakufu ou Shogunat et les nationalistes. Si vous ne connaissez pas l’histoire du Shogunat des Tokugawa, je vous invite à aller voir les épisodes Conflit d’Histoire consacrés à la période du Sengoku Jidai japonais. En 1853, les Etats-Unis avec le Commodore Perry ont tenté d’ouvrir le Japon par la force. Cet épisode fondateur a créé le trouble dans la société japonaise, aboutissant à une lutte sans merci entre les partisans du Shogunat, gouvernement militaire vieux de plusieurs siècles, et les impérialistes, soutenus par les Occidentaux et voulant restaurer le pouvoir de l’Empereur. Ces derniers finissent par gagner, faisant débuter l’ère Meiji en 1868. L’occidentalisation du Japon suivra.

 

 

Le guerrier Kenshin est donc un combattant des impérialistes, connu sous le nom d’Hittokiri Battosai, qui a participé avec sa lame et son style de combat aux événements politiques troubles, jusqu’à totalement disparaitre de la circulation en entamant un vagabondage pour expier ses péchés. Toute la structure du manga repose donc sur Kenshin, qui refuse désormais de tuer et d’utiliser autre chose qu’un katana à lame inversée, et sur le poids du passé, qui revient le hanter à occasions régulières, malgré ses nouvelles rencontres déterminantes.

 

II. Passé trouble

 

Le manga est bien, la série animée de 1996-1998 aussi. Cette dernière bénéficie de beaux dessins et d’une excellente musique, ce pourquoi je le liste volontiers dans la liste de mes shonen préférés. L’OVA porte néanmoins Kenshin au rang de classique de l’animation. Paru en 1999, Tsuioku-Hen, aussi appelée Trust & Betrayal par nos amis anglo-saxons, revient sur le passé trouble d’Himura Kenshin, en pleine guerre civile. En quatre épisodes d’une trentaine de minutes, le passé d’Himura apparait pleinement dans sa violence. De son enfance et adolescence sous la houlette du combat au sabre, il rejoint la guerre civile en tant qu’assassin des Impéralistes, et semble perdre peu à peu les raisons qui l’ont poussé au départ dans cette lutte, à savoir aider son prochain. Jusqu’à ce qu’il rencontre quelqu’un qui va le changer à jamais.

 

 

Le ton est résolument sombre. La vie d’un assassin n’est pas de tout repos, et la guerre civile y est pour beaucoup dans les luttes de pouvoir et les combats au sabre jusque dans la rue. On suit ce jeune adulte, qui peine à retrouver son chemin sur les routes pavées de cadavres, mais qui va s’ouvrir peu à peu, grandir, et peut-être pour la première fois voir un peu plus loin que le bout de son sabre. Le poids des morts et de la violence reste néanmoins omniprésent du début à la fin. L’optimisme nait de la possibilité de futur offert à la société, mais pas de la destinée individuelle de l’assassin qui souhaite sacrifier sa vie pour le bien commun. Jusqu’au final touchant qui permet de faire la liaison entre la fin de la guerre civile et les errances solitaires du personnage dans le manga.

 

 

Conclusion : un chef-d’oeuvre

 

Cette histoire, triste, touchante, et parfois belle, se lie à une direction artistique magnifique, forte en symboles, et qu’on redécouvre à chaque fois en se demandant ce qu’il s’est passé en vingt ans pour que cette DA soit encore une des meilleures existantes dans le monde de la japanimation. Des dessins à la musique, de l’ambiance sombre à l’onirique, de la tristesse à la violence, il n’y a qu’un pas que franchit sans arrêt cette œuvre. Les destinées sans espoir des personnages rencontrés peuvent frapper, heurter, émouvoir dans une ambiance historique plus vraie que nature. C’est beau et touchant, et je vous recommande chaudement son visionnage.

 

 

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Administrateur et rédacteur-en-chef omnipotent, j'écris sur l'actualité vidéoludique, l'actualité culturelle, la géopolitique et l'histoire militaire, parfois en partenariat avec Historia Games, Mundus Bellicus et la Gazette du Wargamer.

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