Le jeu des Tuniques Bleues – North vs South (1989)

Dans cette critique, nous allons revenir aujourd’hui sur un jeu sorti alors que je n’étais ni né ni conscientisé par mes parents, j’ai nommé North & South, développé par les Français d’Infogrames, et sorti en 1989 sur Amiga et Atari ST. Ca fait loin oui.

 

I. Un peu de business

 

Les Amiga sont des ordinateurs personnels commercialisés par la société américaine Commodore dans les années 80, avant de faire faillite en 1994. La version la plus populaire a été l’Amiga 500, sortie en 1987, et dont vous avez forcément entendu parler. L’histoire de l’Atari ST est plus riante, car sa robustesse en tant qu’ordinateur personnel fait qu’on parlait encore de lui au début des années 2000, et qu’elle a essaimé dans les mêmes années que les ordinateurs de Commodore.

 


La belle et vaillante Commodore 500.

 

On ne présente pas Atari, qui est connu principalement pour Pong (1972) et pour avoir développé la Lynx (1989), s’étant fait écrasé commercialement par la première Game Boy des Japonais de Nintendo (1989), et la Jaguar (1993) qui n’a duré que trois ans. Pour la petite histoire, Atari fusionne avec Infogrames dans les années 2000, ils deviennent une société de holding et d’éditeurs principalement, en 2009 ils se renomment Atari SA, et en 2013 ils sont placés en redressement de paiement. Les joies de la finance. Ils se sont aujourd’hui remis de leurs émotions fortes, et développent des jeux par mobiles. Ils possèdent notamment les droits sur :

  • Act of War (2005-2006), développé par les Français d’Eugen Systems, et qu’on connait bien dans l’Actu Vidéoludique du Captain avec RUSE, la série des Wargame (2012-2014) et le récent Steel Division : Normandy 44 (2017)
  • Alone in the Dark (1992-2015), dont le dernier opus est largement boudé dans le monde
  • RollerCoaster Tycoon (1999-2016), dont le troisième opus a notamment été réalisé par Frontier Development, qui a dépoussiéré le genre en 2016 avec Planet Coaster, et se lance dans l’aventure préhistorique avec Jurassic World Evolution.

 


La seyante Atari ST.

 

II. Hommage franco-belge

 

Infogrames se fait un plaisir de s’intéresser à la bande dessinée. Vous vous rappelez tous des épisodes du Joueur du Grenier sur ces jeux généralement bien faits et très durs, des Schtroumfs (1994) à Astérix (1996) en passant par Spirou (1995). Ce qu’on oublie, c’est qu’ils se sont aussi occupés d’une adaptation des Tuniques Bleues, cette série de BD commencée en 1968, et qui nous projette dans la Guerre de Sécession, ou Civil War, de 1861 à 1865. Le sergent Chesterfield est un bon guerrier, très naïf, et enfermé dans un honneur militaire parfois rétrograde, tandis que le caporal Blutch est un déserteur-né, déteste l’action et l’horreur des champs de bataille, et a été attiré dans cette guerre largement contre son gré. Les deux compères naviguent entre figures et batailles historiques, nous offrant beaucoup d’humour, parfois un peu grinçant, les scènes de bataille, les morts et les blessés étant toujours plus ou moins en arrière-plan.

 


Les Tuniques Bleues, une BD franco-belge très réussie.

 

Dans ce jeu, on garde en partie l’esprit de la BD sous les atours d’un wargame. Nous sommes lancés sur la carte simplifiée des Etats-Unis, plutôt de la moitié est des Etats-Unis actuels. Le Nord et le Sud se font face. Vous disposez de deux armées, comprenant une pièce d’artillerie, six soldats d’infanterie, et trois cavaliers. Chaque tour, vous pouvez bouger d’une province pour la capturer. Il s’agit de sécuriser les nœuds du chemin de fer pour obtenir de l’argent, qui vous donne automatiquement à cinq lingots une nouvelle armée. Vous pouvez fusionner les armées, vous devez faire attention à l’état de Virginie du Nord qui donne gratuitement de temps en temps une armée complète à son détenteur, aux tempêtes qui bloquent une province pendant un tour, aux Indiens et Mexicains (Texas) qui peuvent parfois attaquer une armée et la réduire en pulpes.

 


La carte de l’Amérique, vue par le jeu. On voit les noeuds rouge du train, les drapeaux des deux camps, les armées, l’indien et le mexicain à gauche qui peuvent s’activer à tout moment, la tempête au nord qui bloque l’armée nordiste présente, la composition d’une armée de base en bas à gauche, et l’icône du train qui signifie qu’en ce moment, le train est actif et va rapporter de l’argent aux Sudistes ce tour-ci.

 

III. Trois mini-jeux

 

Dans cet habillage simpliste mais robuste, on vous propose trois mini-jeux. Le premier sera le plus fréquent, il s’agit des batailles. Vos deux armées se retrouvent face à face, séparées par un pont (gorge et fleuve) ou par une vaste plaine, et vous retrouvez vos trois groupes : l’artillerie, la cavalerie, et l’infanterie. La difficulté est de naviguer entre les trois, car vous ne pouvez mener en action qu’un groupe à la fois, alors que l’IA fait tout en même temps. Vous changez de formation avec shift-droit et vous utilisez l’action disponible pour cette unité avec la barre espace. L’artillerie peut bouger de haut en bas, et doit charger son tir pour atteindre de plus longues distances. La cavalerie ne peut qu’avancer en avant et charger jusqu’au bout de la carte pour réapparaître de votre côté à nouveau, et chaque pression de la barre espace les font attaquer au sabre, ce qui est assez puissant si bien utilisé. L’infanterie, enfin, se déplace où elle veut, mais est plutôt lente et a une courte portée. Chaque pression de la barre espace les fait tirer. Vous voyez de suite la complexité de la chose quand l’ennemi pilonne vos positions avec son artillerie, redoutable, et qui requiert que vous bougiez vos troupes pour éviter les boulets, alors même que la cavalerie charge sabre au clair, et que l’infanterie vient près de vous pour vous abattre. Une bataille gagnée est un plaisir certain, mais nul doute que vous aurez besoin d’un petit temps d’adaptation.

 


Une bataille classique. L’artillerie est votre pièce maîtresse, mais n’oubliez pas votre cavalerie, qui fait des ravages au corps-à-corps, et votre infanterie qui peut tenir le coup en allant de haut en bas et en essayant d’éviter les balles.

 

Les deux autres mini-jeux mettent en scène le sergent Chesterfield justement (ou un Confédéré si vous êtes dans l’autre camp). Lorsque vous attaquez un fort adverse, dans les nœuds du train, vous vous retrouvez dans un jeu de plateforme en 2D où il faut aller à la fin du niveau le plus rapidement possible. Vous jetez trois couteaux, et pouvez taper au corps-à-corps face aux chiens et aux gardes. Il faut aller très vite, vous êtes régulièrement ralenti par ces adversaires, par des caisses de TNT, par le décor et où il s’agit de sauter par-dessus ou de prendre une échelle pour marcher sur la palissade. Si vous arrivez à la fin du fort, vous le capturez et c’est gagné. Si vous défendez un fort, vous pouvez envoyer des gardes. Le dernier mini-jeu se lance lorsque vous vous retrouvez au milieu de la ligne de chemin de fer adverse. Le train passe avec ses lingots, et Chesterfield est encore envoyé pour essayer de monter dans le train, qui roule à côté de vous, tandis qu’un garde arrive pour vous expulser manu militari. Si vous arrivez au bout du train, vous gagnez l’argent qu’il transportait…

 


Il faut monter sur le train et ne pas en être projeté par le soldat de garde, ici Chesterfield.

 


Courir à la fin du niveau dans le fort pour le capturer. Ca va aussi très vite.

Conclusion

 

Oui, c’est à peu près tout. Les graphismes ne sont pas choquants pour les yeux, et j’apprécie le rendu des batailles, qui m’ont donné envie de m’y essayer (vous le trouvez en abandonware assez facilement). Les mini-jeux sont aussi durs que les batailles. Une partie est assez vite terminée, mais notons que le jeu proposait déjà à l’époque un mode écran partagé, l’un utilisant le joystick (les fameux joystick, créés au début des années 1900 pour les aviateurs, et qui devient électronique et utilisable sur les bornes d’arcade pour les jeux vidéos en 1967), l’autre le clavier. C’est un jeu qui a un principe étonnement intéressant, comme beaucoup de jeux de stratégie de l’époque, qui rivalisaient d’idées. Et comme vous l’avez vu, parler de ce type de jeu m’a permis de faire du business et de la BD. Pas si mal.

 


C’est plus joli, certes. Mais bon.

 

En 2012, une sorte de remake a été fait, avec de meilleures graphismes (23 ans plus tard en même temps), des mini-jeux remaniés avec du pan-pan, et une partie tactique où il s’agit de cliquer sur votre unité, puis sur la carte ou un ennemi pour la déplacer ou attaquer. C’est donc moins précis, et davantage grand public, en plus d’être fait principalement pour android et ios. Les nostalgiques n’ont pas spécifiquement apprécié.

 

Jeux rétro :

Rédacteur pour Mundus Bellicus et la Gazette du Wargamer, j'écris sur l'actualité, l'actualité culturelle, la géopolitique et l'histoire militaire.

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