La France en guerre contre l’Etat Islamique ? (Point Actu, 18/11/2015)

Avant-hier, les services de renseignement français ont entrainé une intervention à Saint-Denis. Il y a eu des coups de feu, des morts, et une explosion d’un kamikaze. Si vous voulez plus de détail, je vous conseille cette vidéo récapitulative :

 

 

Les hommes politiques français parlent désormais d’une guerre. Mais, comme le rappelait Marc Trévidic dans les vidéos dont j’ai déjà parlé ailleurs, ce n’est pas une guerre au sens juridique du terme, où s’opposent deux Etats. En effet, l’Etat Islamique n’est pas reconnu en tant que tel. M. Trévidic a rajouté que ceux qui étaient venus vendredi étaient des guerriers, c’est-à-dire des hommes dont la fonction est de porter la guerre avec eux. Mais frapper des citoyens français, et non des forces de police ou militaires, est-ce vraiment la marque d’une guerre ?

 

a) Le choix de la guerre

 

En 1914, convaincus que la guerre est défensive, les Français rentrent en guerre. L’éducation, le service militaire, la « Revanche », tous ces éléments expliquent le volontariat, et « l’Union Sacrée » des partis politiques.

 

En 2015, qui pense avoir choisi la guerre ? Qui pense avoir un droit de décision sur l’envoi des forces militaires françaises ? Pas moi. Ceci s’explique aussi par la professionnalisation de l’armée, qui a moins de comptes à rendre à l’ensemble de la nation. Mais qui envoie les forces françaises ? Le gouvernement. Or, ce gouvernement est celui que nous avons élu, et c’est lui qui a pris depuis quelque temps l’initiative de frapper les positions de l’E.I. en Syrie. Si le gouvernement parle alors d’une guerre, c’est bien que nous sommes en guerre, mais pas au sens de 1914 où l’adhésion de tous était spontanée.

 

b) Les buts de guerre

 

Toute guerre a un objectif. Celui de la France était, avant vendredi, de s’occuper avec la Coalition d’une organisation terroriste. Depuis qu’on parle de guerre, l’objectif reste le même, puisque l’E.I. n’est toujours pas vu comme un Etat. Peut-on déclarer une guerre contre des organisations autres que des Etats ? Oui. G. W. Bush avait parlé après les attentats du 11 septembre 2001 d’une « War on Terror », d’une guerre contre la Terreur, contre le Terrorisme.

 

On trouve donc comme objectifs le démantèlement de l’E.I. et le rétablissement de l’autorité irakienne. Toutefois, lorsqu’on parle de la Syrie de Bachar Al-Assad, allié des Russes, tout est moins clair. De l’autre côté, l’E.I. a pour objectif d’établir un califat sans contestation possible, ce qui est rendu impossible par la Coalition et la mise au ban internationale. Ses raisons plus idéologiques et religieuses sont connues, mais peu étudiées, et je ne m’aventurerai pas sur le sujet, à part pour rappeler que la guerre se colore toujours d’idéologie, dans laquelle on peut trouver la religion.

 

c) Les effets de la guerre

 

L’envoi d’un porte-avions, les frappes françaises organisées depuis le 27 septembre 2015, c’est la projection de la force française à l’étranger. Les cibles ? Des camps d’entraînement, mais aussi des objectifs stratégiques, comme des convois ou même des villes. Une guerre portée sur le territoire de l’E.I. en somme.

 

En face, l’E.I. n’a pas les mêmes possibilités stratégiques et opérationnelles, si ce n’est pour envoyer, ou renvoyer des français chez eux pour qu’ils commettent en leur nom des attentats. Mais ces attentats, loin de frapper des objectifs stratégiques, l’armée ou la police, ont des visées idéologiques et culturelles réelles. Il faut frapper le cœur de la population et porter la terreur. A ce titre, vendredi ne ressemble pas à un acte de guerre mais à un attentat. On définit un attentat de la mnière suivante (CNRTL) : « Entreprise criminelle perpétrée contre une personne ou contre une communauté, et particulièrement dans un contexte politique ». On parle bien d’un crime, et pas d’un acte de guerre. Même chose mercredi : on avait sous les yeux une opération de police.

 

Et pourtant, depuis toujours, lorsque deux Etats ou cités sont en guerre, il y a des chocs entre armées, sur le champ de bataille, même si aujourd’hui on parle plutôt de « guerre asymétrique », mais il y a aussi toujours eu des forces plus réduites, des commandos ou des corps expéditionnaires, envoyées saccager et piller le territoire ennemi, loin de la ligne de front. Il suffit de lire un des auteurs antiques pour le voir : on pille la campagne, on massacre les paysans et on récupère la nourriture avant de rejoindre l’armée complète. Des opérations de coup de main ont toujours eu lieu dans les cités, pour terroriser la population et les pousser à la reddition.

 

Les forces terroristes rentrent donc dans cette catégorie de guerrier infiltré capable de tuer sans état d’âme, et d’obéir aux ordres lointains de l’E.I., pour porter la terreur. Ils agissent en fait comme les premiers Hachichins, les Assassins, envoyés dans des missions souvent mortelles. Par voie de conséquence, il s’agit d’une guerre avec une préparation et un envoi de personnel dans la société française pour la frapper au moment opportun.

 

Conclusion

 

Pour conclure, il est bon de réfléchir avec cet article sur l’antériorité des objectifs de l’Etat Islamique. Maxime Vaudano rappelle que la France appartient depuis un an à la Coalition contre l’E.I., et que depuis longtemps l’E.I. se considère en guerre avec la France. Une guerre qui se colore, comme toutes les guerres, d’idéologie et de religion : pas besoin de vous donner des exemples précis, il vous suffit de penser à la bataille de Lépante (1751), une des plus importantes batailles navales de l’histoire, marquant une guerre opposant une coalition menée par l’Espagne face à l’Etat Ottoman ; on pense aussi à la Guerre de Corée (1950-1953) où les Communistes du nord ont voulu envahir les non-Communistes du sud, les deux parties soutenues par les Chinois ou les Américains. Religion et idéologie, ou les guerres culturelles.

 

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