Donald Trump, la surprise de l’année ? (Point Actu, 09/11/2016)

Qu’est ce qui est passé par la tête des Américains ? Ils viennent d’élire un président moqué dans tous les médias internationaux, adepte du dérapage, des mots forts, de la polémique, avec un propos que tous les experts se sont amusés à catégoriser comme populiste. Et ce juste après deux mandats du premier président afro-américain de l’histoire politique des Etats-Unis. Elire une femme, était-ce trop demander ? Les sondages, les stars américaines soutenant H. Clinton, tout indiquait une situation inverse… Eh bien en fait non. Osons le dire, l’élection du 45e président rentre tout à fait dans le moule des événements politiques internationaux. Mais avant de rentrer dans le coeur du sujet, petit topo sur les élections américaines.

 

Comment on vote aux Etats-Unis ? Au niveau de chacun des 50 états, avec quelques spécificités comme la ville de Washington D.C, les électeurs votent pour les grands électeurs. Le nombre des grands électeurs est simple à déterminer : il s’agit des deux sénateurs de chaque état, et des représentants, tous présents au Congrès ou en train d’essayer d’y parvenir (tous les deux ans, une partie du Congrès est élue, mais pas dans les mêmes états). Les représentants sont au prorata de la population : ils sont 55 en Californie, 1 au Vermont. Dans ce dernier état, les électeurs votent donc pour 3 grands électeurs.

 


Les dernières élections

 

Pour être élu, un candidat doit avoir 270 grands électeurs sur un total de 435 représentants + 100 sénateurs + 3 pour Washington, soit 538. Il faut donc avoir un peu plus de la moitié. Enfin, la règle du Winner Takes it All signifie que dans un état, si on a une majorité républicaine par exemple, TOUS les représentants seront républicains, et ce même si l’écart entre les votants démocrates et les votants républicains est de 1. Les swing states sont des états dont on ne peut jamais prédire pour qui ils votent, contrairement par exemple à la Californie toujours démocrate et au Texas toujours républicain. Enfin, il faut savoir que le président reste président jusqu’au 20 janvier. C’est ce qu’on appelle la période du canard boîteux, du lame duck si le président sortant est voué à se faire remplacer par un président d’un autre parti appuyé ou non par le Congrès.

 

I. La désaffection vis-à-vis des élites

 

Le discours anti-establishment est toujours un discours contradictoire. Forgé par un membre de l’élite contre l’ensemble des élites, il est rempli de paradoxes : Donald Trump est un homme d’affaires très influent, le Philippin Rodrigo Duterte est avocat et engagé politiquement depuis longtemps avant d’être président en 2016, la Française Marine le Pen est elle aussi avocate et engagée politiquement.

 

 

Et pourtant, dans une démarche se voulant populiste, ce discours est généralement très bien accueilli, notamment dans les démocraties représentatives qui se posent aujourd’hui beaucoup de questions à l’aune de la crise économique de 2008 et des événements internationaux, dans une tendance au repli communautaire et au rejet d’un système jugé défavorable pour le citoyen lambda qui veut juste vivre une vie correcte. Le rejet de l’Europe par les Britanniques, le rejet de la paix avec les FARC, chaque référendum est l’occasion de rejeter un discours consensuel porté par l’élite politique, par la « communauté internationale », par les médias, le tout porté par des personnalités au discours populiste.

 

II. Une vraie surprise ?

 

Les analystes parlent depuis toujours de l’impossibilité qu’a Trump de rassembler. Ils n’y croyaient pas en tant que candidat, ils n’y croyaient pas en tant que candidat républicain, ils n’y croyaient pas en tant que président. Les stars soutenant Hillary non plus. La majorité des journaux américains non plus. Les sondages non plus.

 

 

Mais est-ce si surprenant ? Le Brexit et la Colombie ont prouvé que ces marqueurs étaient bien souvent inefficaces pour juger d’une désaffection populaire, qui prend ses racines dans la « majorité silencieuse » bien plus que dans le bruit des médias et des politiciens. Le discours anti-Trump est international et très étoffé : ce moyen de décrédibilisation a pourtant permis de porter le discours anti-journaux de Trump, qui aurait pourtant pu être considéré comme complètement crétin, si la neutralité politique avait été un tant soit peu respectée. Son discours, bien que rempli de paradoxes, a rempli son office : se présenter comme un candidat anti-système, loin de la corruption et du bruit ambiant, qui va résoudre les crises internationales et se replier sur le sol américain. Un discours sans nuances, sans grand sens puisqu’on va bien voir durant les quatre prochaines années que le retrait total de l’Amérique est utopique, mais ce discours a porté ses fruits.

 

 

Et n’oublions pas non plus que la campagne présidentielle a été portée par des débats où les invectives ont volé davantage que les idées, où les scandales se sont multipliées dans les journaux sans interruption : entre les mails de Clinton et les propos de Trump, il y avait de quoi faire. Voter dans ces conditions est ainsi déjà se poser des questions sur les élites politiques et médiatiques. Penchons-nous tout de même sur les chiffres : 59 086 074 électeurs ont voté pour des grands électeurs républicains, 59 238 524 pour des grands électeurs démocrates. La carte des élections présente une côte ouest et nord-est démocrates, et le reste du pays républicain. Bizarrement, deux côtes surreprésentées dans les médias internationaux, au détriment de l’intérieur du pays, bien moins connu… Si la carte diffère peu des dernières élections, c’est surtout au niveau des swing states que tout s’est joué cette année.

 

Et maintenant ?

 

Un Congrès à majorité républicaine, un juge de la Cour Suprême à élire, le Grand Old Party est le vainqueur de cette année 2016. Au niveau du programme du candidat, rien n’est encore prévisible. Les discours plus ou moins creux et idéologiquement dangereux se confronteront en 2017 à la réalité du pouvoir, d’autant plus que tous les Républicains ne sont pas derrière Donald Trump. N’oublions pas que certains cadres du parti ont marqué leur franche opposition à l’homme, et que le système politique américain est plus congressionaliste que présidentialiste.

 

 

Si en 2017, l’Obamacare est en danger, et que la libéralisation du pays va s’accentuer, les propos du président pour la scène internationale ont besoin d’être étayé par les faits : la Chine, l’Europe, l’Iran, le Mexique, l’OTAN, la Russie, les terroristes d’Isis, les dossiers brûlants seront sur la table à n’en pas douter, et nous verrons bien comment un président qualifié de populiste et de non-présidentiel prendra les choses en main.

 

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Rédacteur pour Mundus Bellicus et la Gazette du Wargamer, j'écris sur l'actualité, l'actualité culturelle, la géopolitique et l'histoire militaire.

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