CRP Dominions 4 – La Querelle des Fanatiques – Une paix difficile (15)

Tour 36 à 40


La guerre était perdue. Mais aucun guerrier d’Ulm ne voulait abandonner. La ténacité des frères à Ermor, luttant contre Mitclan et Xibalba, était légendaire. Et pourtant, il se trouvait deux êtres pragmatiques : Pierre et Sous Chef. Le premier était un guerrier de contact exceptionnel, le second un très grand général. Et à eux deux, ils transformèrent l’anéantissement imminent en paix.

Sous-Chef et Pierre changent la destinée.

Les guerriers se regardaient en silence. Cela faisait bientôt deux hivers entiers qu’ils se battaient contre une force qui ne disait pas son nom, apparaissant, disparaissant. Les langues devenaient mauvaises, les regards noirs et ulcérés regardaient les cadavres des Xibalbiens, et Sous Chef s’en rendait bien compte. Il envoya un message au Veilleur. Cela ne pouvait durer.

« La ténacité d’Ulm a ses limites. Nous avons tout perdu. Il est temps de nous rendre à l’évidence, il nous faut nous plier. »

Ce message jeta un grand froid à l’Assemblée des Guerrières et Guerriers. Jamais aucun homme ou aucune femme d’Ulm n’avait osé proférer de telles paroles. Mais beaucoup d’hommes et de femmes d’Ulm acquiesçaient en silence, se rappelant les pertes de leurs proches, les hurlements dans la nuit, et les formes sombres à flanc de montagne qui se réunissaient pour préparer le coup fatal. De plus, Sous Chef était un grand commandant, un grand tacticien, un héros inscrit à jamais dans le livre. Sa parole devait valoir quelque chose. Et devait valoir d’autant plus quelque chose qu’il se battait depuis le début aux côtés de Grand Chef. Il était le général le plus aimé des troupes, le plus considéré, et le moins orthodoxe des Ulmiens. Lui seul pouvait demander la paix, et lui seul le fit.

Il paraît que le Veilleur mit quatre journées entières à réfléchir à la suite des événements. Il finit par s’asseoir sur son trône, vaincu. Et l’Assemblée comprit.

La trahison de Pierre.

Pierre, le Guerrier-Forgeron d’exception, partit avec ses bottes volantes rencontrer l’ennemi. En s’approchant, les troupes chauve-souris, comme comprenant ce qu’il se passait, le laissèrent s’approcher d’un de leurs gigantesques chefs. Ils se regardèrent quelques instants, et Pierre, luttant contre le tremblement de tout son corps qui lui disait d’attaquer son ennemi, jeta toutes ses armes à ses pieds et mit un genou à terre, regardant le sol comme s’il espérait y trouver une réponse.
« Xibalba, vous avez vaincu. Nous accepterons toutes vos conditions de paix. Et si vous nous rendez la forteresse du sud et ses territoires limitrophes, nous jurons d’attaquer vos ennemis, de nous allier à vos amis, et de triompher en votre nom. »

Cette dernière phrase fut inscrite dans les Annales comme « La Trahison de Pierre. » Mais elle reflétait une véritable réalité : Ulm, malgré ses troupes d’exception, malgré ses quatre guerriers dans le Livre des Héros, malgré le nombre innombrable de détachements ennemis vaincu, Ulm avait perdu.

La réponse de Xibalba était maintenant très attendue. Le Veilleur décida de s’enfermer dans son laboratoire et de ne plus jamais être dérangé par les affaires terrestres. Son espoir d’unir les peuples de la terre semblait en bien mauvaise posture. Et qu’allait dire Ermor, le fidèle allié qui avait subi d’innombrables revers ? La terrible bête plongea sur Pierre et fit ses horribles demandes. Le Guerrier était plus terrifié par l’idée qu’il trahissait son peuple que de la forme sombre de l’Onaqui. Mais il n’oublia pas les fidèles alliés de toujours, les guerriers de la Tribu du Loup de Bleak Taker Desert. Pierre se leva.

« Terrible Onaqui, la province du trône, la province de l’est et Hunger Road seront à vous. Mais Bleak Taker Desert est la province d’origine de nos fidèles Guerriers de la Tribu du Loup. Nous ne pouvons les abandonner. C’est un territoire désolé, sans intérêt pour votre puissance. En nous rendant cette province, vous montrerez votre bienveillance envers les tribus locales. Pour le paiement, vous recevrez l’équivalent de deux mois ce mois-ci, ainsi que 20 gemmes de mort si vous le voulez bien. »

Pierre attendit… 

Ermor réplique.

L’Empire d’Ermor a pu subir des revers, il n’a pour autant jamais été aussi puissant. Tout ce que nous inspire votre revirement se résume ainsi : lâches.

Les démons ont-ils usés d’artifices pour vous embrumer l’esprit ? Le fier peuple d’Ulm aurait pu combattre et briller pour l’éternité dans le firmament, que l’issue ait été la défaite ou la victoire. Sous-chef mérite son titre, il est très loin de la grandeur de son mentor. C’est la dignité et l’âme de son peuple qu’il condamne en les vendant à ces immondes créatures de la nuit. Ainsi que nous l’avons déjà expliqué à T’ien Ch’i et nos voisins de Kailasa, il n’y aura pas de deuxième chance. Se soumettre c’est renoncer, renoncer à sa liberté, à toute futures velléités d’indépendance. Vous vous passez vous même les chaînes aux poignets, et resterez esclaves le peu de temps qu’il vous reste à vivre.

Car la guerre est totale ! Elle touche tout le monde sur cette terre, pas un peuple ne peut espérer se mettre à l’abri, surtout pas en se joignant aux forces démoniaques qui menacent de nous engloutir tous. Et dont vous facilitez les desseins par votre décision.

Ermor vous salue donc une dernière fois, et tient à souligner à nos voisins de Kailasa que la palissade d’Oranor devrait dorénavant être considérée comme une menace à nos frontières, certes affaiblie par les récentes batailles, mais menace réelle en devenir.

Caligulux 

 Le discours de Sous-Chef.

A l’annonce de la missive portant le sceau d’Ermor, le Veilleur préféra rester de marbre. Aucun dirigeant d’Ulm n’osa décacheter le message. Ulm était un peuple d’hommes fiers et braves, être traité de lâche aurait dû les rendre colériques à souhait. Mais ils ne le pouvaient pas. Pas avec ce goût amer dans la bouche. Et pourtant, Sous Chef arriva à l’assemblée avec Pierre. Les regards devinrent noirs face au Guerrier-Forgeron, mais on estimait encore assez Sous-Chef pour l’écouter. Il jeta un air grave à l’assemblée. Après ses innombrables campagnes contre Xibalba, il était épuisé. Mais l’avenir de son peuple était en jeu.

« Nous répondrons à cette assemblée comme nous allons répondre à Ermor. Je vois dans vos regards le courroux face à une reddition injustifiée, face à une sujétion immonde à des êtres démoniaques, face à nos plus cruels ennemis. Oui, nous pourrions nous battre jusqu’à la fin. Oui, nous pourrions mourir en héros. Oui, nous pourrions laisser nos noms résonner dans l’éternité, gravés dans la blancheur de nos os et la justesse de nos idées.

Mais se battre, au nom de quoi ? Au nom de qui ? Agartha s’étend face à ses ennemis, Ermor résiste à Mitclan et à Xibalba, et certains peuples restent inactifs. Pourquoi se sacrifier ? Quel bien en tirer ? Cela allègera t-il l’effort de guerre d’Ermor ? Bien au contraire. Plutôt que se plaindre, qu’il considère que nous agissons comme tampon entre lui et ses ennemis. Car si nous disparaissions, Xibalba aurait une forteresse de plus à son actif, notre glorieuse Ulm, et de nos murs sortiraient des légions en nombre et bien équipées. Cela ferait t-il du bien au monde que nous disparaissions ? Non. Mitclan et Xibalba se partageraient nos restes, et ils deviendraient les puissances les plus importantes de ce monde.

Non mes frères, nos sacrifices n’auraient aucun sens. Notre fierté et notre honneur nous ont couvert de gloire durant des générations, mais nous sommes en guerre. Une guerre se gagne en s’adaptant aux circonstances, sans se faire ballotter au gré du vent par des forces supérieures stratégiquement et numériquement. Une guerre se gagne par une stratégie globale et une maîtrise de l’espace et des relations diplomatiques, pas par des principes certes immuables, mais caduques. J’ai vu ces principes dans le cadavre de Grand Chef. Il était le plus grand d’Ulm, et Ermor se plaît à le rappeler. Mais il est mort, sournoisement, sans possibilité de se défendre. Car c’est cela la guerre.

Sans notre reddition, nos murs seraient actuellement couvert des nuées de nos ennemis, et l’effort final serait lancé, avec comme résultat la mort. Pierre m’a transmis le nombre et la puissance des troupes voraces qui s’apprêtaient à monter sur nos murs. Or que vaut la mort ? Comme je vous l’ai dit, rien.

Alors qu’importe ce que diront les autres peuples. Même dans la défaite, le peuple d’Ulm doit rester fort. Même dans la défaite, le peuple d’Ulm doit rester fier. Xibalba nous a dicté ses conditions, nous les avons respectées. Il est temps pour nous de faire un nouveau pas en avant. Pour le moment, pleurons nos morts, reposons nos guerriers expérimentés et fatigués, et envoyons une missive à Ermor. »

Dans le silence le plus complet, Sous Chef se retira.

Administrateur et rédacteur-en-chef omnipotent, j'écris sur l'actualité vidéoludique, l'actualité culturelle, la géopolitique et l'histoire militaire, parfois en partenariat avec Historia Games, Mundus Bellicus et la Gazette du Wargamer.

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