Sengoku Jidai Shadow of the Shogun, ou l’art militaire japonais (Critique vidéoludique n°13)

Après l’extension d’Hard West, nous avons réalisé ici pour la Gazette du Wargamer un aperçu d’un jeu qui sortira en mai 2016. Je ne manque pas au plaisir de retranscrire tout ça.

 

Introduction

 

En réalisant le très bon Pike & Shot et son extension Campaigns (août 2015), wargame tactique centré sur la période allant de l’après-guerre de Cent Ans à la fin de la guerre de Trente Ans, les développeurs de Matrix / Slitherine avaient à cœur de reproduire une époque très peu fréquente dans les jeux vidéos, et pourtant fondamentale dans la naissance de l’art militaire moderne, avec l’essor des piquiers et des armes à feu portatives. En reprenant le même moteur de jeu, les développeurs se sont donc attaqués au Sengoku Jidai, période tout aussi importante pour l’art militaire japonais, dans un jeu sous-titré à juste titre Shadow of the Shogun.

 

I. Un peu d’histoire

 

Le Sengoku Jidai, ou « période des Royaumes Combattants », est en effet une période fondamentale dans l’histoire du Japon. Lorsque le pouvoir central du Shogun s’effondre à la suite de la Guerre de l’Onin (1467-1477), les conflits féodaux entre les Daimyo locaux se multiplient, et aboutissent à un état de guerre larvé qui se prolonge jusqu’à l’unification du Japon sous la poigne de Daimyo plus puissants ayant vaincus leurs ennemis, conquis Kyoto et reconquis le statut de Shogun : Oda Nobunaga, Toyotomi Hideyoshi et finalement Tokugawa Ieyasu en 1603.

 


Nouvelle période, nouveaux enjeux.

 

Dans l’art militaire même, le siècle augure de changements importants : le Samurai s’équipe de plus en plus pour le corps-à-corps, les mercenaires et les laissés-pour-compte appelés Ashigaru sont organisés dans des formations militaires complémentaires par les Daimyos les plus compétents et ambitieux, et les armes à feu sont introduites au Japon vers 1543 par les Portugais.

II. Du terrain connu…

 

Pour ce que nous avons pu en voir pour le moment via la bêta, le studio Byzantine Games a repris très exactement le même système de combat utilisé depuis la série des Battle Academy initiée en 2010 pour la Seconde Guerre Mondiale, et celle des Pike & Shot commencée en 2014 : vous jouez votre tour en déplaçant vos troupes, vous vous positionnez sur un terrain calculant les hauteurs et concentrant différents types de paysages et de couvert, vous tirez, et vous chargez. C’est ensuite au tour de l’adversaire d’en venir aux mains. Si vous n’aviez pas accroché à ce système de combat, difficile de vous recommander ce bébé là.

 


Un système de jeu identique, accompagné de la présence nouvelle d’un général

 

Les modes de jeu sont là aussi de la partie, et assez traditionnels : tutoriels, scénarios, campagnes semblables à la dernière extension de Pike & Shot, escarmouches et éditeur de carte. Là encore, les développeurs sortent une recette qui a déjà marché, notamment pour ces campagnes offrant un jeu à plus long terme un brin plus savoureux avec ses mécaniques propres.

 

III. … et quelques nouveautés

 

Le contexte, bien que traité largement dans le dernier opus de la longue série des Nobunaga’s Ambition datant des années 80, et dont la dernière mouture  est sortie en septembre 2015, et dans le un peu moins récent et le un peu plus grand public Total War – Shogun II (2011), arrive à détonner, avec des unités bien plus exotiques que dans Pike & Shot, et une importance accrue donnée au corps-à-corps. A part les différents briefings et scénarios, il est dommage que le jeu ne s’attache pas à donner plus de détails historiques.

 


Finis les mousquetaires et les piquiers.

 

Une autre nouveauté, celle-là très sympathique, est la présence sur le champ de bataille de généraux. Le général-en-chef, inamovible, donne des bonus aux troupes dans son rayon de commandement, et peut surtout propager ce commandement aux généraux-en-second qui, eux, dirigent une force armée mobile. Cette présence crée de nouvelles dynamiques de placement de troupes, et donne au jeu un aspect toujours plus tactique.

 


Les généraux-en-second, liés au général-en-chef, une nouveauté sympathique

 

Conclusion

 

Sengoku Jidai : Shadow of the Shogun n’a pas vocation à avoir un gameplay original. Il reprend la formule de son aîné Pike & Shot en l’adaptant au contexte du Sengoku Jidai et des invasions de Corée. Il applique une recette qui a fait ses preuves, et qui convaincra facilement ceux qui ont déjà craqué pour ce précédent wargame. D’autant plus que la difficulté est toujours au rendez-vous, avec une IA retorse et maligne, qui vous éprouvera dans un des six modes de difficulté. On pourra peut-être regretter l’aspect historique pas assez abordé, le retour d’une formule connue, une musique toujours aussi absente et des graphismes un brin sommaire, mais le successeur de Pike & Shot est bien là, au risque de paraître bien muet au rang de la nouveauté.

 

Les autres critiques de jeux de tactique

Administrateur et rédacteur-en-chef omnipotent, j'écris sur l'actualité vidéoludique, l'actualité culturelle, la géopolitique et l'histoire militaire, parfois en partenariat avec Historia Games, Mundus Bellicus et la Gazette du Wargamer.

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