Heroes of Normandie, la Seconde Guerre Mondiale intuitive (Critique vidéoludique n°5)

Comme précédemment, petite retranscription d’un test réalisé pour Mundus Bellicus. Enjoy.

 

Introduction

 

Slitherine, la société d’édition et de production de jeux vidéos et même de jeux de plateau, a décidé de faire reprendre à nouveau du service aux forces alliées et à celles de l’Axe. La particularité de ce Heroes of Normandie est de proposer une version plutôt décontractée de la Seconde Guerre Mondiale, adaptée d’un jeu de plateau kickstarté en 2014, et disponible à la fois sur PC et sur tablette. Le jeu de plateau a eu un certain succès, car en plus d’avoir attiré l’investissement de nombreux joueurs, il a été nominé au 2014 Golden Geek Best Wargame, au 2014 International Gamers Award – General Strategy: Two-players et au 2015 Origins Awards Best Historical Board Game. Il a gagné le droit de se faire adapter par Slitherine sur nos écrans.

 

Rappelons que Slitherine est désormais lié, à la vie à la mort, à Matrix Games, connu pour développer et produire des wargames touffus et complexes. Slitherine la joue plus décontracté, avec son Battle Academy, une réussite accessible et riche de possibilités, et un Warhammer 40k Armageddon imitant correctement Panzer General à la sauce Games Workshop.

 

I. La Seconde Guerre Mondiale sur PC et tablette

 

Lorsqu’un jeu sort sur ces deux supports assez différents en soi, il est nécessaire que l’interface reste épurée et intuitive. Et c’est définitivement le cas avec ce Heroes of Normandie. Pour activer des capacités ou bouger des troupes, un simple glisser-déposer s’applique, à la souris ou au doigt. Notez néanmoins que je vais vous parler principalement de la version PC, celle que j’ai eu pour réaliser ce test. Vous voilà transporté dans un monde où les soldats tirent des tronches pas possibles, où les dialogues tentent de jouer la carte de la blague sous un fond de vérité historique, et où la prise en main est immédiate. Au menu, vous avez un tutoriel très accessible vous donnant littéralement toutes les cartes en main pour jouer correctement, des campagnes solos liant des missions où vous pouvez récolter des bonus pour les missions d’après, et des campagnes dures appelées « rogue ». Dans ces dernières, de type rogue-like donc, vous avez de l’argent qui vous sert à acheter des pelotons d’infanterie commandés par des héros, auxquels vous pouvez adjoindre un char, des munitions supplémentaires, des sections. Chaque bataille jouée et gagnée vous rapporte plus d’argent, mais si vous perdez, gare à vous car vous recommencerez au début.

 


Il y a de quoi faire en solo, mais les missions se répètent un peu trop au bout d’un certain temps.

 

Le multijoueur est aussi de la partie, mais n’oubliez pas que des cartes de héros sont à débloquer en solo. C’est un système de « challenges », avec des scénarios et des suites de scénarios prévus par le jeu.

 

II. Le système des tours

 

En partie, vous avez à votre disposition un ou plusieurs héros, ainsi que des unités plus classiques telles que la section d’infanterie, la section mitrailleuse, la section de soutien, le char d’attaque, le véhicule blindé léger. Il n’y pas énormément d’unités différentes, seuls les héros se différencient vraiment du reste. On reste dans le domaine du petit jeu inspiré du jeu de plateau, ne cherchez pas la profondeur de jeu et la taille des cartes de Battle Academy.

 

 

Après avoir déployé vos troupes quand la mission vous le permet, vous aurez au cours de la partie trois phases différentes. Notez que comme c’est une adaptation de jeu de plateau, vous voyez toutes les unités ennemies d’un simple coup d’œil. Encore faut-il que leur champ de vision ne soit pas bloqué par les haies vives normandes, ce qui ne manquera pas d’arriver dans cette région.

 

 

Il y a d’abord la phase d’ordre. Dans cette phase, vous avez un certain nombre de points de commandement que vous devez assigner manuellement à vos troupes. Prenez garde, il n’y en aura pas pour tout le monde. Le numéro indiqué est la marque de l’ordre dans lequel ce que vous avez sélectionné sera activé à la phase suivante. La chose intéressante pour le multijoueur à noter est que vous voyez ce qu’active l’adversaire, surtout qu’il existe un ordre « bluff » dont le but est de faire semblant. Le premier à réaliser cette phase est tiré au hasard, appelons-le camp A. La phase suivante s’intitule la phase d’action. Le camp A, dont nous parlions juste avant, peut bouger ou faire tirer, voire faire les deux si l’unité le permet, la première unité à qui il a fourni un point de commandement. Puis c’est au tour de la première unité activée par l’adversaire, etc.<

 

 

Une fois ceci fait, le camp A rentre dans la phase de ravitaillement. Toutes les unités qui n’ont pas été activées peuvent désormais bouger. Au tour suivant, l’initiative passe au camp B. Ce principe de jeu offre un certain dynamisme qui rappelle à la fois un jeu de plateau pour inclure deux joueurs dans une partie, Heartstone pour le côté rapide ou encore Warmachine le jeu de figurines pour l’activation de troupes à partir d’ordres. A cela, je répondrai que sur tablette, le jeu a du potentiel, moins sur PC car souffrant de la comparaison avec tout ce qui existe.

 

III. Le jeu proprement dit

 

Vous contrôlez donc des cartes assez lisibles symbolisant vos troupes. Elles ont une valeur de défense, un nombre de points de mouvement, des bonus à la défense visibles suivant la direction des tirs ennemis. Chaque unité dispose en plus d’une ou de plusieurs armes ayant des avantages spécifiques, comme cette mitrailleuse à trépied qui a besoin d’un tour pour s’activer, ce lance-roquettes qui a un bonus contre les chars. Vous pouvez de plus activer des bonus suivant ce que vous avez en mission, comme des munitions plus puissantes, et en ramasser sur le champ de bataille, mais attention à ne pas trop vous exposer. Le champ de bataille comporte aussi des haies, où l’infanterie peut s’embusquer pour surprendre l’ennemi et bénéficier d’un bonus appréciable de couvert, et aussi des bâtiments, mais gare aux grenades lancées à travers la fenêtre et aux assauts des troupes ennemies, rarement décisifs si vous n’avez pas attendri votre adversaire par un tir de suppression.Les chars ont aussi leur mot à dire dans ces batailles. Les tirs ennemis peuvent toucher suivant le résultat des compartiments spécifiques, qui se détruisent au bout de deux tirs au but. On évitera de mettre son char à découvert, car une embuscade de Panzerchreck est toujours possible. On note la place du hasard avec ce roulement de dé qui en fera rugir plus d’un à certains moments, et l’absence de points d’expérience pour progresser dans la campagne.

 

Dans le domaine du petit jeu sur tablette, Heroes of Normandie est coloré, intuitif et quelque peu stratégique. Il n’a pas une profondeur exceptionnelle, mais le cocktail fonctionne assez bien avec nos neurones pour nous proposer une certaine expérience opérationnelle, dans une ambiance bonne enfant un peu plus compétitive quand on parle de multijoueur, avec un rythme de partie soutenu. Il est rare de passer plus de vingt minutes sur une bataille. En ce sens, il retranscrit assez bien l’esprit d’un jeu de plateau. Cela reste tout de même un petit jeu à faire entre amis, et non pas une expérience inédite. La multiplication des objectifs à accomplir au cours des campagnes, et l’humour un peu absurde ne masque pas leur côté générique et répétitif au bout d’un certain moment de par la ressemblance entre les trois armées, et la ressemblance des cartes. Il s’agit d’ailleurs plus d’une collection de missions qu’une campagne, même si certains objectifs secondaires et objets peuvent donner des bonus pour les missions suivantes. On sait que le jeu de plateau a eu des extensions comme l’ajout d’une faction Ctuhulu pour plus de variété, à voir ce qui attend le suivi de Heroes of Normandie. Il vaut aussi beaucoup plus le coup sur tablette, qui manque de jeu de stratégie intuitif et assez tactique, mais on trouve des choses beaucoup plus enthousiasmantes sur PC. Le prix n’est pas encore fixé, mais je parie sur une dizaine d’euros. Au-delà, c’est un peu cher pour une expérience vite oubliable sur PC mais pas mal sur iPad. Je le recommande sur ce dernier support.

 

EDIT : le prix est fixé à trente euros finalement. C’est cher. C’est tout ce que j’avais à rajouter, bon vent !

 

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Administrateur et rédacteur-en-chef omnipotent, j'écris sur l'actualité vidéoludique, l'actualité culturelle, la géopolitique et l'histoire militaire, parfois en partenariat avec Historia Games, Mundus Bellicus et la Gazette du Wargamer.

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