C’est quoi une simulation de combat médiéval ? (Dossier)

C’est les vacances et il est temps de parler… de jeux vidéos bien sûr. Et plus particulièrement des simulations vidéoludiques de combat à la mode médiévale (ou comment écrire deux lignes en commentant juste le titre). Certains fuient volontiers devant le terme « simulation », mais n’ayez crainte, je vais décortiquer cela pour vous. Parce que on dira ce qu’on voudra, mais Chivalry et Mount and Blade Warband sont de/deux bons jeux.

 

I. Représenter l’irreprésentable

 

Déjà, soyons d’accord : le vrai combat, c’est la vie. Après cette phrase qui m’a fait perdre la moitié de mes lecteurs, soit deux personnes, il faut rappeler que se battre avec quelqu’un, c’est se battre avec les limites de son corps, de la gravité, de l’état d’esprit de chacun des protagonistes, de ce qu’ils ont mangé le matin. Bref, c’est passer un concours. Alors pour rendre ça dans le jeu vidéo, c’est chaud. D’autant plus que le jeu vidéo est censé être du divertissement, et que la majorité de ceux qui aiment l’univers médiéval adorent simplement les armures rutilantes et les grosses épées (pas vous ? Mince…).

 


Un « vrai » combat

 

Du coup, il devient possible de différencier, dans le contexte de n’importe quel combat, le jeu vidéo de simulation et le jeu vidéo divertissant. Pour la guerre moderne, on a d’un côté la série des Call of Duty (2003 à aujourd’hui, 12 épisodes) connus pour faire tout le temps le même jeu pour le parti pris d’orienter le combat dans un déluge de sons, d’explosions, d’ennemis, où il faut courir, prendre des positions rapidement, tirer dans le tas, bref s’amuser au détriment de ce qu’un conflit est réellement, vu le nombre de balles que l’on peut se prendre et vu le nombre d’actions à la minute que l’on fait.

 

De l’autre on a la série beaucoup plus posée des Armed Assault (comptant parmi les 4 jeux sortis le premier Operation Flashpoint sorti en 2001 et depuis renommé Armed Assault : Cold War Crisis) où il s’agit de simuler la guerre moderne : donc on marche, encore et encore, avec des véhicules, on admire le paysage, on se bat cinq minutes avec un groupe de combat ennemi, on prend une balle et on meurt, et on recommence la mission. Bref, ça peut être facilement lourd, mais c’est au moins un poil plus réaliste, avec le souci de la balistique, de la communication sur le terrain, des blessures, des règles d’engagement. Et surtout, ça en devient immersif, notamment en multijoueur, puisque la vie ne tient qu’à un fil et qu’il faut se comporter comme un groupe. Le plaisir peut alors prendre la forme de la simulation.

 

II. Warband et Chivalry

 

Sauf qu’ici, on n’en a rien à battre ! Car on est sur le terrain de la guerre médiévale à la première ou troisième personne et que peu de gens s’y sont attelés, si on excepte les RPG-Action divers et variés, dont Warband est un des représentants. Sauf que dans ces jeux de rôle orientés vers le combat temps réel, la baston reste assez simpliste, avec une esquive, une parade, un coup léger et un coup lourd (généralement). L’originalité de Warband et de Chivalry est de multiplier ces possibilités et de rendre le combat légèrement plus orienté vers la simulation. Et pour cela, ils ont compté sur différentes attaques frappant selon des angles et des directions différentes, et c’est ce qui fait l’originalité des simulations de combat médiéval.

 

A. Chivalry : Medieval Warfare

 

 

Chivalry est sorti en 2012 en reprenant le concept de Age of Chivalry, un mode d’Half Life 2 datant de 2007. Il propose des graphismes plus soignés et un système de combat qui se décompose en trois coups : le clic gauche pour le coup droit (ou le revers si on appuie sur alt en même temps) pour frapper de taille, la molette de la souris vers le haut pour frapper de taille de haut en bas, et la molette de la souris vers le bas pour le coup d’estoc. Chaque coup a un timing précis de mise en place, des dégâts différents selon l’endroit où vous frappez et surtout un angle d’attaque différent. Chaque coup ennemi peut être paré en appuyant sur le clic droit, sachant qu’une parade permet de vous mettre en position pendant une à deux secondes. Passé ce délai, votre guerrier se relâche, et si vous gérez correctement votre timing vous pouvez passer outre la parade de votre ennemi pour porter un coup dévastateur. D’autant plus que le bouton A permet de feinter son adversaire : vous préparez un coup, vous cliquez sur A pour l’annuler, si tout se passe bien l’ennemi a eu peur et a paré, vous lancez un autre coup, la parade de l’ennemi s’efface et vous le frappez. <

 

Rajoutez à cela une gestion de l’endurance, qui baisse à chaque coup raté, et qui empêche de parer une fois qu’elle est vidée, ainsi qu’une vingtaine d’armes différentes, et vous avez largement de quoi faire pour des combats à la fois techniques et amusants, surtout quand vous réussissez à porter un coup. Les armes ont des portées, des vitesses, des angles et des dégâts différents. Pour commencer, je vous conseille l’épée à deux mains. Vous avez aussi des projectiles, des arcs et arbalètes, des boucliers pour parer plus facilement (ils sont contrés si vous donnez un coup de pied dedans avec la touche F).

 


« Viens ici mon enfant »

 

Le système est assez complet, et servi par des classes différentes ayant différentes armes et possibilités, ainsi que certaines compétences, comme l’esquive du guerrier de base ou la charge du gros lourd. Les joutes gardent leur côté nerveux, leurs charges frénétiques, mais avec une dose de finesse, même si le jeu n’en a pas l’air avec ces cris de brutes avinées (appuyez sur C) et ces décapitations et autres démembrements. Par ailleurs, Chivalry est entièrement multijoueur, avec des parties allant jusqu’à opposer 64 joueurs. Le mode qui retient mon attention est celui qui fait attention à une suite d’objectifs ayant des conséquences s’ils sont remplis ou non, comme le fait de pousser un bélier pour l’attaquant : s’ils réussissent, il faut briser la porte ; s’ils réussissent encore, changez d’équipe, et il faudra aller chercher la tête du roi. D’autres séries d’objectifs existent dans ce genre, et cette simulation colorée est plaisante à jouer, et on en vient à hurler comme nos personnages devant nos écrans… Non ? Juste moi ? Ah d’accord.

 


Quoi de mieux qu’une vidéo pour mieux comprendre comment on se frite ?

 

B. Mount and Blade : Warband

 

Un jeu développé par des Turcs et produit par des Suédois… On sent déjà que c’est excellent. Le premier Mount and Blade sorti en 2008 posait les bases de la série, tandis que l’épisode Warband sorti en 2010 est allé plus loin dans l’aspect gestion en nous permettant de nous marier et de devenir roi. Les graphismes sont plus frustes que le précédent jeu, mais quand on joue à Dwarf Fortress…

 


Equipez-vous bien.

 

Le jeu se décompose en deux phases : une sur la carte de campagne où vous vous déplacez comme tous les groupes de bandits ou les grands seigneurs entre villes, villages et châteaux en temps réel pausable, et une où vous visitez les différents lieux, parlez à des gens ou vous battez.

 


Une carte de campagne

 

Vous arrivez globalement à poil dans un monde de type médiéval, et il va vous falloir progresser via des quêtes et des combats pour améliorer vos statistiques diverses et variés (mieux tirer, mieux piller, mieux parler, mieux construire des objets de sièges, mieux commercer, etc.) pour sortir de votre état de gros bouseux pour devenir mercenaire et se mettre au service d’une des cinq factions, et pour peut-être finir par devenir un seigneur, possédant un fief, voire un roi possédant un royaume. Chaque faction a des modèles différents d’unités, que vous recrutez dans les villages comme paysans, et qui deviennent de plus en plus puissants au fur et à mesure que le temps et que les batailles se multiplient (sauf s’ils meurent bêtement). Votre paysan swadien deviendra au bout de quelque temps un chevalier entièrement équipé si vous avez les moyens de le faire évoluer à chaque fois que c’est possible. On finit donc par avoir une bande entière sous ses ordres, et c’est cette progression qui a plu aux joueurs. D’autant qu’on y rajoute des tournois, des compagnons qu’on peut équiper soi-même et qui deviendront vos vassaux si vous devenez roi, du commerce avec les lois de l’offre et de la demande. Warband est aussi connu pour ses très nombreux mods, simulant tout, du Japon féodal aux îles britanniques en passant par la Guerre de Cent Ans, l’univers Warhammer ou encore l’univers Seigneur des Anneaux.<

 


Samurais en herbe !

 

Mais ce qui compte c’est le système de combat qu’on retrouve en solo ou en multijoueur, entre batailles rangées et sièges de châteaux ou de villes. L’équipement est déterminé avant l’engagement, on a encore une pléthore d’armes, d’armures, de projectiles nous permettant d’équiper comme on le veut notre personnage contrairement à un Chivalry où il n’y a pas un système de progression comme cela.

 


Mount, and blade !

 

Donc, on retrouve quatre directions de combat suivant votre mouvement de la souris accompagnant votre clic gauche. Vers la droite, ce sera un coup droit, vers la gauche, un revers, vers le haut, un coup de haut en bas, et vers le bas une frappe d’estoc. Vous pouvez encore annuler un coup avant qu’il soit porté avec votre clic droit qui vous sert à parer avec votre arme ou votre bouclier. Idéal pour les feintes. Mais la différence avec Chivalry c’est le système de parade, qui sera un cauchemar pour tous si vous l’activez ou si vous jouez en multijoueur : la parade dépend aussi de la direction de la souris avec laquelle vous parez, donc il faudra sans cesse s’adapter à la préparation du coup ennemi, ce qui implique un doigté précis et une rapidité d’exécution pour contrer un des quatre coups possibles. Après, on a encore le coup de pied avec E, et comme dans Chivalry, on peut  tourner autour de l’adversaire comme des loups affamés qui veulent… Laissez tomber.

 


Let’s do this !

 

Le titre est révélateur aussi : mount pour l’équitation et blade pour le combat à l’épée. Vous pouvez vous battre à cheval, et un facteur de vitesse sera rajouté à vos attaques. Il faudra être encore plus précis. Vous pouvez aussi pencher votre lance pour planter un malheureux fantassin ou cavalier d’un seul coup en chargeant à toute bride.

 


Bataille à cheval et à pied

 

Conclusion

 

Sans instaurer une lourdeur et une difficulté à la Arma, Chivalry et Warband ont réinventé la simulation de combat médiéval en rendant ce même combat plus précis et peut-être plus jouissif aussi puisque le moindre coup porté sera pour vous un événement mis en relief par rapport à tous vos coups qui ne portent pas. C’est ici que s’opère la synthèse entre simulation et jeu divertissant. Et ça évite la simplification à outrance du combat médiéval dans l’esprit de beaucoup.

 

Quand on constate l’engouement pour la future sortie de Mount And Blade II : Bannerlord et celle de Kingdom Come : Deliverance qui reprend un système de combat aussi complexe (6 directions, feintes, coups de pied) mais plus adapté à des duels, on voit que la simulation de combat médiéval, si elle n’a pas le vent en poupe, a tout de même une bonne base de joueurs vu le kicksarter réussi du deuxième titre sus-mentionné. Ce Kingdom Come prétend même faire revivre le combat du XVe siècle à partir des arts du combat de l’époque. Pourquoi pas ? Bref, jouez à ces jeux.

 

Dossiers précédents

 

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Administrateur et rédacteur-en-chef omnipotent, j'écris sur l'actualité vidéoludique, l'actualité culturelle, la géopolitique et l'histoire militaire, parfois en partenariat avec Historia Games, Mundus Bellicus et la Gazette du Wargamer.

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